FRBNFM-141 Jules Lutz et le frère de sa belle-fille, Roger-Frédéric Marchal, item 14

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- 14 -

Sans date ni origine.

Mes chers parents,

Nous venons de passer une terrible crise,
et le cœur se serre quand on pense à de
semblables choses.
Pour notre part, notre bataillon est bien
réduit; l'état d‘abrutissement dans lequel
nous nous trouvons est terrible; on entend,
en dormant, siffler les balles; le camarade
qui ronfle nous fait l'effet du plus terrible des
canons !
Je reçois vos bonnes lettres, et cela m’est
une douce consolation, car je fais mon devoir,
mais je ne suis pas guerrier, et le spectacle
des combats modernes n’est pas fait pour
faire naître en moi des appétits de félin !
Mon esprit gronde contre toute cette force
perdue, contre la destruction de toutes ces
énergies que Dieu a faites !
Je ne sais pas ce que je deviendrai, ni si
je dois dormir de mon dernier sommeil, mais
soyez bien sûrs que je pense à vous ; j’y
pense, et c’est pour moi un réconfort de vous
savoir à l‘abri dans notre pays ; il me semble
right page
 

- 15 -

que le faible rempart qu’élève ma poitrine
me fait payer un peu la dette de reconnaissance

que j‘ai envers vous.
Ayez confiance en notre France ; un jour
viendra où la paix régnera ; ceux qui l’auront
gagnée auront droit à un souvenir dans l‘esprit

de chacun.
Je ne sais plus rien de neuf ; tout ce que
je pourrais dire est défendu, aussi je vous
embrasse de tout cœur.

Votre fils,

Roger.
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- 14 -

Sans date ni origine.

Mes chers parents,

Nous venons de passer une terrible crise,
et le cœur se serre quand on pense à de
semblables choses.
Pour notre part, notre bataillon est bien
réduit; l'état d‘abrutissement dans lequel
nous nous trouvons est terrible; on entend,
en dormant, siffler les balles; le camarade
qui ronfle nous fait l'effet du plus terrible des
canons !
Je reçois vos bonnes lettres, et cela m’est
une douce consolation, car je fais mon devoir,
mais je ne suis pas guerrier, et le spectacle
des combats modernes n’est pas fait pour
faire naître en moi des appétits de félin !
Mon esprit gronde contre toute cette force
perdue, contre la destruction de toutes ces
énergies que Dieu a faites !
Je ne sais pas ce que je deviendrai, ni si
je dois dormir de mon dernier sommeil, mais
soyez bien sûrs que je pense à vous ; j’y
pense, et c’est pour moi un réconfort de vous
savoir à l‘abri dans notre pays ; il me semble
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- 15 -

que le faible rempart qu’élève ma poitrine
me fait payer un peu la dette de reconnaissance

que j‘ai envers vous.
Ayez confiance en notre France ; un jour
viendra où la paix régnera ; ceux qui l’auront
gagnée auront droit à un souvenir dans l‘esprit

de chacun.
Je ne sais plus rien de neuf ; tout ce que
je pourrais dire est défendu, aussi je vous
embrasse de tout cœur.

Votre fils,

Roger.
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  • January 25, 2017 19:30:40 David Gadiou (FR)

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    - 14 -

    Sans date ni origine.

    Mes chers parents,

    Nous venons de passer une terrible crise,
    et le cœur se serre quand on pense à de
    semblables choses.
    Pour notre part, notre bataillon est bien
    réduit; l'état d‘abrutissement dans lequel
    nous nous trouvons est terrible; on entend,
    en dormant, siffler les balles; le camarade
    qui ronfle nous fait l'effet du plus terrible des
    canons !
    Je reçois vos bonnes lettres, et cela m’est
    une douce consolation, car je fais mon devoir,
    mais je ne suis pas guerrier, et le spectacle
    des combats modernes n’est pas fait pour
    faire naître en moi des appétits de félin !
    Mon esprit gronde contre toute cette force
    perdue, contre la destruction de toutes ces
    énergies que Dieu a faites !
    Je ne sais pas ce que je deviendrai, ni si
    je dois dormir de mon dernier sommeil, mais
    soyez bien sûrs que je pense à vous ; j’y
    pense, et c’est pour moi un réconfort de vous
    savoir à l‘abri dans notre pays ; il me semble
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    que le faible rempart qu’élève ma poitrine
    me fait payer un peu la dette de reconnaissance

    que j‘ai envers vous.
    Ayez confiance en notre France ; un jour
    viendra où la paix régnera ; ceux qui l’auront
    gagnée auront droit à un souvenir dans l‘esprit

    de chacun.
    Je ne sais plus rien de neuf ; tout ce que
    je pourrais dire est défendu, aussi je vous
    embrasse de tout cœur.

    Votre fils,

    Roger.
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    ID
    8982 / 242752
    Source
    http://europeana1914-1918.eu/...
    Contributor
    Famille Lutz
    License
    http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/


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