FRAD022 - Marcel AVRIL, item 23

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A LA MÉMOIRE DES COMPAGNONS MORTS ENTRE LES MAINS ENNEMIES SONT DÉDIÉES CES IMAGES,
TRACÉES AVEC LE SEUL SOUCI D’UN TÉMOIGNAGE FIDÈLE.
NOTES
PÉRONNE. '
I-e convoi qui arriva au camp de Wlttenberg dans la nuit du 7 octobre 19H amenait des prisonniers français militaires et-civils.
Les civils avaient été pris aux environs de Bapaume. Les Allemands avaient vidé d'habitants les maisons de la région, et amené ce monde en colonne, le long de la grande route, à la caserne de Péronne. Là, après avoir réuni les civils dans la cour, ils les avaient divisés en deux groupes, en poussant les hommes d'un côté, les femmes et les cn'ants d’un autre. Puis les hommes avaient été formés per quatre et conduits à la gare sous une escorte de soldais. Quand ils avaient franchi la grille • de la caserne, surmontée du drapeau allemand, une grande clameur s'était élevée du groupe des femmes.
Les femmes et les enfants restaient dans la cour, maintenus par les sentinelles.
LES CIVILS.
Les Allemands les haïssaient parce qu’ils étaient faibles.
Ils s’irritaient de leurs vêtements usés, de leur misère et au9si de leur embarras dans l'exécution des commandements. Les riviis étaient pour la plupart des vieux ou des tout jeunes. Ils ne savaient pas se mouvoir do façon disciplinée.
Les Allemands les frappaient souvent.
Dès leur arrivée au r.amp, on leur tondit lu partie postérieure de la tête, pour les spécialiser par un signe qui les désignât à la population en cas d’évasion. Cela leur faisait une marque verticale de la largeur de la tondeuse, montant du cou au sommet du crâne.
On leur apprit aussi à saluer.
Le salut que les gradés allemands exigent des prisonniers civils n’est pas un geste de courtoisie. Ils veulent que l’homme passe devant eux le chapeau à la main, Chapeati bas, comme s’il suivait un enterrement, le bras abattu verticalement et le chapeau dans l’axe du'bras. Cette attitude doit être observée six pas avant et six pas après le croisement avec le gradé.
Les civils qu'ils faisaient défiler devant eux pour les exercer, ne comprimaient pas. Ils se découvraient d'un geste hésitant, variable suivant la mesure de leur angoisse. l-cs' Allemands éclataient, ils auraient’cru déroger en cherchant a faciliter par des précisions l’cxé-i-ution de leurs ordres, fis ne veulent devoir qu’à l’effroi l'obéissance de leurs victimes. • Alors, les civils si’arfétaient, a casquette en détresse, ignorant dans quel sens iis de' aient corriger leur essai, inquiets de l’insuccès de leur bonne volonté. Ils pensaient â leurs foyers dispersés, à leurs maisons détruites. Ils se disaient une leurs femmes étaient peut-être vivantes et, j coinméreux, exilées. Par une crainte irraisonnée de re- j juésniilcs sur elles, s'imaginant que leur propre conduite J notiwt influencer le traitement qu'elles subissaient au i loin.'ils s'appliquaient à ne pas augmenter une colère dont ils ne saisissaient pas la cause. Ils passaient en silence les yeux bniesés.
, Les civils, lors de leur capture, étaient vêtus comme lo( sont, en été. les travailleurs des champs. Pondant l’hiver la plupart d’entre eux moururent de froid.
Des distributions de vêlements eurent lieu au printemps 1915.
LA SCHLAGUE.
En novembre 1914, une cantine fut installée. Elle fonctionna un mois. Chaque matin, de neuf à onze heures, les prisonniers étaient autorisés à aller acheter du pain, du chocolat et de la margarine. Ils venaient en foule, Cela fournit aux Allemands l’occasion quotidienne de sévir. Dans une bousculade provoquée par les menaces •les sentinelle, un tirailleur arabe eut l'avant-bras traversé d'un coup de baïonnette. Une autre fois, les Allemands, mécontents de la tenue de la foule massée aux
abords de la cantine, prirent un homme au hasard. C’était un caporal français. Ils l’empoignèrent et le conduisirent dans la chamDre de leur sous-officier. Là, iis lui donnèrent la schlague. Us se servent pour cela d’un morceau de caoutchouc d’environ 35 centimètres de long, de la grosseur d’un munche de pioche. Armé do cet instrument, l’un d’eux frappa le Français d’une vingtaine de coups. Le lendemain, les reins du patient étaient à vif. La tuméfaction de la partie frappée lui rendait le contact des vêtements intolérable. De longtemps il ne put retrouver le sommeil. Les Allemands ne se bornèrent pas à cet exemple. D’autres prisonniers reçurent lu schlague. Elle fut administrée fréquemment aux Busses. Des Français et des Anglais subirent aussi ce traitement.
LE TYPHUS.
Au début de janvier 1915, la présence du typhus exan-: thématique fut ofliciellement constatée. Les Allemands, soucieux d’éviter à leur personnel sanitaire les risques d’une épidémio, quittèrent le camp et en interdirent.
l’accès.
Des glissières furent installées contre le grillage devant chaque compagnie. C'étaient des plans Inclinés formés de planches ajustées, dont une extrémité s'appuyait au sommet de la clôture, l'autre posant sur le sol à l'intérieur du chemin de ronde. Une estrade extérieure permettait aux Allemands d’atteindre le tiaut du grillage, d’où ils lâchaient sur le plan incliné les objets qu’ils avaient à transmettre aux compagnies.
' Sur l'ordre du médecin-chef, toute communication entre le service de santé et le lazaret fut interrompu, le droit d'écrire supprimé aux prisonniers. La quarantaine commençait
Depuis un mois, des cas suspects s’étaient manifestés parmi les Russes. Les Busses étaient affamés. La voracité de leur .appétit rendait plus intolérable chez eux / l’insuffisance” de nourriture.. Ils cherchaient parmi les balayures de quoi calmer la faim qui les torturait Leur dépression physique, qu’aggravait encore une impuissance naturelle à réagir, offrait un champ de développement grand ouvert à la, maladie.
L'ordre était venu de la Kommandantur, vers la fin de novembre 1914, de mélanger les prisonniers alliés.
■i Ainsi, déclaraient les gradés, ces gens-là apprendront à se connaître.» Des compagnies mixtes furent organisées, de façon que la composition des escouades permit d'encadrer chaque prisonnier par deux voisins de paillasse de nationalités différentes. L’autorité allemande es-' perait que les nécessités d’une vie commune ne, manqueraient pas de susciter parmi ces hommes, étrangers les uns aux autres par le langage et les habitudes, des conflits utiles à entretenir et à exploiter.
le typhus seul se développa.
Les médecins alliés restaient en face du mai, sans armes pour le combattre. Un major français avait 'téléphoné, un jour, au bureau du rnédecin-chef pour demander des remèdes. Il ne reçut pas de réponse. Il entendit seulement la voix d’un employé transmettre la demande, et la voix du médecin-chef donner l’ordre de-raccrocher le récepteur.
L'encombrement croissant de la salle des typhiques rendait tout essai de propreté impossible. Dès les premières semaines, le nomb.o des lits ne suffisant plus, ou ■tala dès paillasses par terre. Les infirmiers, dépassés par leur tâche, obligés d’enjamber les fiévreux pour porter leurs soin», na prenaient de repos que lorsque le mal les abattait à leur tour. Le nombre des médecins diminuait de semalno en semaine. /
On transportait les malades par le chemin de ronde, des compagnies au lazaret, étendus sur des planches portées u l’épaule par quatre hommes, r.es cercueils suivaient In même route en sens inverse, du lazaret au cimetière du -camp. Les Busses accompagnaient leurs j morts en chantant dos prières. Le défilé lunèbre se re- i non vêlait chaque uprès-midi. I! durait jusqu’à la nuit. ! t)n n, pu niiniaitie !c nombre total dés décès. On a j compté dans une période de trois mois près de huit cents i
morts identifiés. Mais dans les ravages du début, l’empilement des cadavres et leur inhumation hâtive n'ont permis aucun contrôle, les listes nominatives dressées par les Allemands étant restées, enoore incomplètes, entre leurs mains. De nombreux cercueils contiennent deux corps.
Le médecin-chef qui dirigeait le service de santé du camp de Wittenberg à cette époque se nomme le docteur Achenbach.
L’épidémie commença à fléchir à la fin d’avril 1915.
A partir de cette époque sa virulence décrût. On vit ce qu’on n’avalt .pas vu encore : des convalescents du typhus. Convalescents souvent abîmés, car le mal, en quittant ses victimes laissait presque toujours sur elles des traces ineffaçables. Le camp resta consigné jus-qu’aux-derniers jours do mai. La permission d’écrire une carte de six lignes pat- semaine fut alors accordée aux prisonniers.
L’ALERTE.
Le 20 mai, quelques jours avant l’entrée en guerre de l’Italie, une alerte eut lieu.
Cet exercice se renouvelait souvent. Un coup de sifflet était lancé par l'officier de service auquel répondaient les sifflets des sentinelles disséminées autour de l’enceinte. Ce signal annonçait le début de l'exercice. Selon les termes des affiches placardées sur les murs, les prisonniers devaient alors regagner au plus vite leurs places. Un délai de dix minutes leur était accordé pour cela. Toute infraction à cet ordre entraînait la peine de mort.
Ce soir-là, à'9 heures, les coups de sifflet se firent entendre. La foule encombrait les avenues. II faisait chaud. Tout le monde se pressa vers le3 baraques. A ce moment, dans le chemin de ronde qui entourait le camp, un homipe, venant du lazaret regagnait sa compagnie. C’était un civil français. A peu près irresponsable, sachant à peine s’exprimer, il n’était renseigné sur rien. Un landsturm posté en sentinelle de l’autre côté du fil de fer lui crie l’ordre de rentrer. Le civil s’arrête. Se croyant appelé, il s'avance vers l’Allemand. Il porte la main à sa casquette. L'Allemand l’ajuste et tire. L'homme est tué raide.
Le meurtrier a dit, plus tard, que devant la menace du civil qui (marchait vers lui la main levée, il avait Jugé de son devoir de faire feu.
La détonation fut comme un ordre pour les autres. Us commençaient à s'irriter do voir s’exécuter sans panique les instructions de la Kommandantur. Le zèle de leur camarade accrut leur impatience à appliquer les règle-■ mente. 7 minutes s’étaient écoulées depuis le signal. Ils ouvrirent le feu à travers les grilles sur les hommes qui n’avaient pu encore rejoindre leurs placés. Trois hommes furent tués, quatre blessés, un fut blessé dans sa baraque par une balle qui traversa la paroi.
Quand les avenues furent désertes, les Allemands, par petits groupes, s’approchèrent du grillage et sonnèrent aux portes des compagnies. C’était leur manière habituelle d’appeler les iiitcrprètes’lorsque les besoins du service l’exigeaient, sans avoir à pénétrer dans la zone interdite- où la contagion aurait pu les atteindre. Après un colloque de quelques Instants, les interprètes reviennent vers leurs camarades. U» transmettent les ordres : Les hommes doivent ressortir sur l’heure et circuler libre- | ment,dehors.
La chaleur devenait plus lourde. Dans les baraques, ! on respirait mal. l^’ordre de circuler fut accueilli comme une permission. Les portes s’ouvrirent. Les avenues s’emplirent de monde.
Bientôt la <iensité de la foule parut suffisante aux ’ . Allemand* pour favoriser une reprise de l’exercice. Brus- | qpemént, de tous les points du grillage, les sifflets partirent. Les prisonniers, avertis par I expérience qu’ils venaient de faire, se hâtèrent vers "leurs pinces. Comme lu première fois, les .sentinelles ouvraient le feu trois minutes avant l.e terme des délais-,prescrits.
Après le tumulte de la rentrée, le camp redevint silencieux. Buis le tintement des sonnettes reprit. Le long du !
grillage des voix allemandes s’élevèrent, commandant aux prisonniers de sortir. L’ordre resta d’abord sans effet. Aux portes des compagnies les Allemands s'irritaient, tirant violemment sur les cordons des sonnettes, déclarant d’un ton courroucé que l’exercice était définitivement terminé, qu’on n’avait plus rien à craindre. Enfin, quelques têtes se montrèrent aux portes entrebâillées des baraques. Peu à peu, les hommes commencèrent à sortir, fatigués de l’atmosphère empoisonnée qu’ils respiraient à l’intérieur, poussés par un besoin d’air et de nouvelles. On savait que la première alerte avait fait des victimes. On ignorait le résultat de la seconde. On voulait se renseigner. A la quatrième compagnie surtout l’agitation était grande. C’est là quo le tir des sentinelles avait été lo plus actif. Les hommes de la quatrième compagnie, massés devant leurs baroques, dans la partie de la cour qui bordait le chemin .de ronde, commentaient l’événement, quand un gradé apparut au-sommet de la glissière. C'était le feldwebel de in compagnie, un retraité des chemins de fer, ancien combattant de 70. Il avait 67 ans. Du haut de la glissière, il commença un discours. Le bras tendu, il brandissait sans arrêt sa pipe de porcelaine, dans un geste de menace. Ceux qui entendaient l’Allemand distinguaient à peine ce qu’il disait, tant la colère éraillait sa voix. Quelques mots, seulement, leur parvenaient, défigurés par l’intensité de son indignation. Le nom de Dieu jaillissait dans le désordre de sa parole. A ses invectives se mêlaient des formules déclamatoires, car il avait le goût de' l’emphase et de la malédiction. II disait : « Prenez garde, bande de misérables ! La paticnco allemande a des limites 1 Malheur à vous, si vous l’excédez !... » Ses auditeurs le regardaient sans comprendre. Alors, un remous se produisit parmi eux. Quatre Busses, portant un homme étendu sur une planche, se frayaient un 'passage à travers la foule. C'était un blessé de l’alerte qu'on emmenait au lazaret La civière improvisée, chargée du corps immobile, avançait lentement, dominant les têtes. On s’écarta. Les porteurs gagnèrent le chemin de ronde, tournèrent dans la direction du lazaret. Le feldwebel s'était tu. Il disparut derrière la glissière.
L'officier qui commandait le camp en 1915 se nommé, le général Dassei.
LE FELDWEBEL,
Quelques semaines plus tard, les Allemands rentraient au camp.
Le régime des coups recommença à fonctionner.
En Allemagne, les coups no constituent pas une mesure disciplinaire nettement définie. Us sont l'essence même de la discipline. Leur emploi se passe de motif. Les coups pour les Allemands n’ont une efficacité réelle que s’ils sont distribués violemment et à l’improviste sur des hommes dans l’impossibilité de les rendre ,ou de les éviter.
Parfois, certains gradés se laissaient entraîner par leur zèle pour le maintien de l'ordre au delà des limitons prévues par la Kommanduntur. C’est ainsi qu’en automne 1915 un incident se produisit, que le général commandant le camp se vit obligé <$o qualifier officiellement de regretta blés, ■
Un officiel médical anglais, au cours de sa tournée quotidienne dans les compagnies, reçut d'un feldwebel deux coup de plat de sqbre dans le dos. Interrogé par ses supérieurs, ce sous-officier ne put expliquer.le motif du son acte. I! finit par répondre que, » peu habitué à l’uniforme anglais il n’avait pas vu qu’il avait affaire-à un officier. U croyait avoir devant lui un simple, soldat ».
L’officier anglais ne consentit a accepter les excuses que lui présenta la Kommandantur qu’à' la condition que le feldwebel coupable s’engageât a ne jamais frapper un prisonnier à quelque nationalité qu’il appartint.
En décembre de la même année, les Alicnimid.s commencèrent à établir les listes de représailles.
P.V
16 Juillet lots.

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A LA MÉMOIRE DES COMPAGNONS MORTS ENTRE LES MAINS ENNEMIES SONT DÉDIÉES CES IMAGES,
TRACÉES AVEC LE SEUL SOUCI D’UN TÉMOIGNAGE FIDÈLE.
NOTES
PÉRONNE. '
I-e convoi qui arriva au camp de Wlttenberg dans la nuit du 7 octobre 19H amenait des prisonniers français militaires et-civils.
Les civils avaient été pris aux environs de Bapaume. Les Allemands avaient vidé d'habitants les maisons de la région, et amené ce monde en colonne, le long de la grande route, à la caserne de Péronne. Là, après avoir réuni les civils dans la cour, ils les avaient divisés en deux groupes, en poussant les hommes d'un côté, les femmes et les cn'ants d’un autre. Puis les hommes avaient été formés per quatre et conduits à la gare sous une escorte de soldais. Quand ils avaient franchi la grille • de la caserne, surmontée du drapeau allemand, une grande clameur s'était élevée du groupe des femmes.
Les femmes et les enfants restaient dans la cour, maintenus par les sentinelles.
LES CIVILS.
Les Allemands les haïssaient parce qu’ils étaient faibles.
Ils s’irritaient de leurs vêtements usés, de leur misère et au9si de leur embarras dans l'exécution des commandements. Les riviis étaient pour la plupart des vieux ou des tout jeunes. Ils ne savaient pas se mouvoir do façon disciplinée.
Les Allemands les frappaient souvent.
Dès leur arrivée au r.amp, on leur tondit lu partie postérieure de la tête, pour les spécialiser par un signe qui les désignât à la population en cas d’évasion. Cela leur faisait une marque verticale de la largeur de la tondeuse, montant du cou au sommet du crâne.
On leur apprit aussi à saluer.
Le salut que les gradés allemands exigent des prisonniers civils n’est pas un geste de courtoisie. Ils veulent que l’homme passe devant eux le chapeau à la main, Chapeati bas, comme s’il suivait un enterrement, le bras abattu verticalement et le chapeau dans l’axe du'bras. Cette attitude doit être observée six pas avant et six pas après le croisement avec le gradé.
Les civils qu'ils faisaient défiler devant eux pour les exercer, ne comprimaient pas. Ils se découvraient d'un geste hésitant, variable suivant la mesure de leur angoisse. l-cs' Allemands éclataient, ils auraient’cru déroger en cherchant a faciliter par des précisions l’cxé-i-ution de leurs ordres, fis ne veulent devoir qu’à l’effroi l'obéissance de leurs victimes. • Alors, les civils si’arfétaient, a casquette en détresse, ignorant dans quel sens iis de' aient corriger leur essai, inquiets de l’insuccès de leur bonne volonté. Ils pensaient â leurs foyers dispersés, à leurs maisons détruites. Ils se disaient une leurs femmes étaient peut-être vivantes et, j coinméreux, exilées. Par une crainte irraisonnée de re- j juésniilcs sur elles, s'imaginant que leur propre conduite J notiwt influencer le traitement qu'elles subissaient au i loin.'ils s'appliquaient à ne pas augmenter une colère dont ils ne saisissaient pas la cause. Ils passaient en silence les yeux bniesés.
, Les civils, lors de leur capture, étaient vêtus comme lo( sont, en été. les travailleurs des champs. Pondant l’hiver la plupart d’entre eux moururent de froid.
Des distributions de vêlements eurent lieu au printemps 1915.
LA SCHLAGUE.
En novembre 1914, une cantine fut installée. Elle fonctionna un mois. Chaque matin, de neuf à onze heures, les prisonniers étaient autorisés à aller acheter du pain, du chocolat et de la margarine. Ils venaient en foule, Cela fournit aux Allemands l’occasion quotidienne de sévir. Dans une bousculade provoquée par les menaces •les sentinelle, un tirailleur arabe eut l'avant-bras traversé d'un coup de baïonnette. Une autre fois, les Allemands, mécontents de la tenue de la foule massée aux
abords de la cantine, prirent un homme au hasard. C’était un caporal français. Ils l’empoignèrent et le conduisirent dans la chamDre de leur sous-officier. Là, iis lui donnèrent la schlague. Us se servent pour cela d’un morceau de caoutchouc d’environ 35 centimètres de long, de la grosseur d’un munche de pioche. Armé do cet instrument, l’un d’eux frappa le Français d’une vingtaine de coups. Le lendemain, les reins du patient étaient à vif. La tuméfaction de la partie frappée lui rendait le contact des vêtements intolérable. De longtemps il ne put retrouver le sommeil. Les Allemands ne se bornèrent pas à cet exemple. D’autres prisonniers reçurent lu schlague. Elle fut administrée fréquemment aux Busses. Des Français et des Anglais subirent aussi ce traitement.
LE TYPHUS.
Au début de janvier 1915, la présence du typhus exan-: thématique fut ofliciellement constatée. Les Allemands, soucieux d’éviter à leur personnel sanitaire les risques d’une épidémio, quittèrent le camp et en interdirent.
l’accès.
Des glissières furent installées contre le grillage devant chaque compagnie. C'étaient des plans Inclinés formés de planches ajustées, dont une extrémité s'appuyait au sommet de la clôture, l'autre posant sur le sol à l'intérieur du chemin de ronde. Une estrade extérieure permettait aux Allemands d’atteindre le tiaut du grillage, d’où ils lâchaient sur le plan incliné les objets qu’ils avaient à transmettre aux compagnies.
' Sur l'ordre du médecin-chef, toute communication entre le service de santé et le lazaret fut interrompu, le droit d'écrire supprimé aux prisonniers. La quarantaine commençait
Depuis un mois, des cas suspects s’étaient manifestés parmi les Russes. Les Busses étaient affamés. La voracité de leur .appétit rendait plus intolérable chez eux / l’insuffisance” de nourriture.. Ils cherchaient parmi les balayures de quoi calmer la faim qui les torturait Leur dépression physique, qu’aggravait encore une impuissance naturelle à réagir, offrait un champ de développement grand ouvert à la, maladie.
L'ordre était venu de la Kommandantur, vers la fin de novembre 1914, de mélanger les prisonniers alliés.
■i Ainsi, déclaraient les gradés, ces gens-là apprendront à se connaître.» Des compagnies mixtes furent organisées, de façon que la composition des escouades permit d'encadrer chaque prisonnier par deux voisins de paillasse de nationalités différentes. L’autorité allemande es-' perait que les nécessités d’une vie commune ne, manqueraient pas de susciter parmi ces hommes, étrangers les uns aux autres par le langage et les habitudes, des conflits utiles à entretenir et à exploiter.
le typhus seul se développa.
Les médecins alliés restaient en face du mai, sans armes pour le combattre. Un major français avait 'téléphoné, un jour, au bureau du rnédecin-chef pour demander des remèdes. Il ne reçut pas de réponse. Il entendit seulement la voix d’un employé transmettre la demande, et la voix du médecin-chef donner l’ordre de-raccrocher le récepteur.
L'encombrement croissant de la salle des typhiques rendait tout essai de propreté impossible. Dès les premières semaines, le nomb.o des lits ne suffisant plus, ou ■tala dès paillasses par terre. Les infirmiers, dépassés par leur tâche, obligés d’enjamber les fiévreux pour porter leurs soin», na prenaient de repos que lorsque le mal les abattait à leur tour. Le nombre des médecins diminuait de semalno en semaine. /
On transportait les malades par le chemin de ronde, des compagnies au lazaret, étendus sur des planches portées u l’épaule par quatre hommes, r.es cercueils suivaient In même route en sens inverse, du lazaret au cimetière du -camp. Les Busses accompagnaient leurs j morts en chantant dos prières. Le défilé lunèbre se re- i non vêlait chaque uprès-midi. I! durait jusqu’à la nuit. ! t)n n, pu niiniaitie !c nombre total dés décès. On a j compté dans une période de trois mois près de huit cents i
morts identifiés. Mais dans les ravages du début, l’empilement des cadavres et leur inhumation hâtive n'ont permis aucun contrôle, les listes nominatives dressées par les Allemands étant restées, enoore incomplètes, entre leurs mains. De nombreux cercueils contiennent deux corps.
Le médecin-chef qui dirigeait le service de santé du camp de Wittenberg à cette époque se nomme le docteur Achenbach.
L’épidémie commença à fléchir à la fin d’avril 1915.
A partir de cette époque sa virulence décrût. On vit ce qu’on n’avalt .pas vu encore : des convalescents du typhus. Convalescents souvent abîmés, car le mal, en quittant ses victimes laissait presque toujours sur elles des traces ineffaçables. Le camp resta consigné jus-qu’aux-derniers jours do mai. La permission d’écrire une carte de six lignes pat- semaine fut alors accordée aux prisonniers.
L’ALERTE.
Le 20 mai, quelques jours avant l’entrée en guerre de l’Italie, une alerte eut lieu.
Cet exercice se renouvelait souvent. Un coup de sifflet était lancé par l'officier de service auquel répondaient les sifflets des sentinelles disséminées autour de l’enceinte. Ce signal annonçait le début de l'exercice. Selon les termes des affiches placardées sur les murs, les prisonniers devaient alors regagner au plus vite leurs places. Un délai de dix minutes leur était accordé pour cela. Toute infraction à cet ordre entraînait la peine de mort.
Ce soir-là, à'9 heures, les coups de sifflet se firent entendre. La foule encombrait les avenues. II faisait chaud. Tout le monde se pressa vers le3 baraques. A ce moment, dans le chemin de ronde qui entourait le camp, un homipe, venant du lazaret regagnait sa compagnie. C’était un civil français. A peu près irresponsable, sachant à peine s’exprimer, il n’était renseigné sur rien. Un landsturm posté en sentinelle de l’autre côté du fil de fer lui crie l’ordre de rentrer. Le civil s’arrête. Se croyant appelé, il s'avance vers l’Allemand. Il porte la main à sa casquette. L'Allemand l’ajuste et tire. L'homme est tué raide.
Le meurtrier a dit, plus tard, que devant la menace du civil qui (marchait vers lui la main levée, il avait Jugé de son devoir de faire feu.
La détonation fut comme un ordre pour les autres. Us commençaient à s'irriter do voir s’exécuter sans panique les instructions de la Kommandantur. Le zèle de leur camarade accrut leur impatience à appliquer les règle-■ mente. 7 minutes s’étaient écoulées depuis le signal. Ils ouvrirent le feu à travers les grilles sur les hommes qui n’avaient pu encore rejoindre leurs placés. Trois hommes furent tués, quatre blessés, un fut blessé dans sa baraque par une balle qui traversa la paroi.
Quand les avenues furent désertes, les Allemands, par petits groupes, s’approchèrent du grillage et sonnèrent aux portes des compagnies. C’était leur manière habituelle d’appeler les iiitcrprètes’lorsque les besoins du service l’exigeaient, sans avoir à pénétrer dans la zone interdite- où la contagion aurait pu les atteindre. Après un colloque de quelques Instants, les interprètes reviennent vers leurs camarades. U» transmettent les ordres : Les hommes doivent ressortir sur l’heure et circuler libre- | ment,dehors.
La chaleur devenait plus lourde. Dans les baraques, ! on respirait mal. l^’ordre de circuler fut accueilli comme une permission. Les portes s’ouvrirent. Les avenues s’emplirent de monde.
Bientôt la <iensité de la foule parut suffisante aux ’ . Allemand* pour favoriser une reprise de l’exercice. Brus- | qpemént, de tous les points du grillage, les sifflets partirent. Les prisonniers, avertis par I expérience qu’ils venaient de faire, se hâtèrent vers "leurs pinces. Comme lu première fois, les .sentinelles ouvraient le feu trois minutes avant l.e terme des délais-,prescrits.
Après le tumulte de la rentrée, le camp redevint silencieux. Buis le tintement des sonnettes reprit. Le long du !
grillage des voix allemandes s’élevèrent, commandant aux prisonniers de sortir. L’ordre resta d’abord sans effet. Aux portes des compagnies les Allemands s'irritaient, tirant violemment sur les cordons des sonnettes, déclarant d’un ton courroucé que l’exercice était définitivement terminé, qu’on n’avait plus rien à craindre. Enfin, quelques têtes se montrèrent aux portes entrebâillées des baraques. Peu à peu, les hommes commencèrent à sortir, fatigués de l’atmosphère empoisonnée qu’ils respiraient à l’intérieur, poussés par un besoin d’air et de nouvelles. On savait que la première alerte avait fait des victimes. On ignorait le résultat de la seconde. On voulait se renseigner. A la quatrième compagnie surtout l’agitation était grande. C’est là quo le tir des sentinelles avait été lo plus actif. Les hommes de la quatrième compagnie, massés devant leurs baroques, dans la partie de la cour qui bordait le chemin .de ronde, commentaient l’événement, quand un gradé apparut au-sommet de la glissière. C'était le feldwebel de in compagnie, un retraité des chemins de fer, ancien combattant de 70. Il avait 67 ans. Du haut de la glissière, il commença un discours. Le bras tendu, il brandissait sans arrêt sa pipe de porcelaine, dans un geste de menace. Ceux qui entendaient l’Allemand distinguaient à peine ce qu’il disait, tant la colère éraillait sa voix. Quelques mots, seulement, leur parvenaient, défigurés par l’intensité de son indignation. Le nom de Dieu jaillissait dans le désordre de sa parole. A ses invectives se mêlaient des formules déclamatoires, car il avait le goût de' l’emphase et de la malédiction. II disait : « Prenez garde, bande de misérables ! La paticnco allemande a des limites 1 Malheur à vous, si vous l’excédez !... » Ses auditeurs le regardaient sans comprendre. Alors, un remous se produisit parmi eux. Quatre Busses, portant un homme étendu sur une planche, se frayaient un 'passage à travers la foule. C'était un blessé de l’alerte qu'on emmenait au lazaret La civière improvisée, chargée du corps immobile, avançait lentement, dominant les têtes. On s’écarta. Les porteurs gagnèrent le chemin de ronde, tournèrent dans la direction du lazaret. Le feldwebel s'était tu. Il disparut derrière la glissière.
L'officier qui commandait le camp en 1915 se nommé, le général Dassei.
LE FELDWEBEL,
Quelques semaines plus tard, les Allemands rentraient au camp.
Le régime des coups recommença à fonctionner.
En Allemagne, les coups no constituent pas une mesure disciplinaire nettement définie. Us sont l'essence même de la discipline. Leur emploi se passe de motif. Les coups pour les Allemands n’ont une efficacité réelle que s’ils sont distribués violemment et à l’improviste sur des hommes dans l’impossibilité de les rendre ,ou de les éviter.
Parfois, certains gradés se laissaient entraîner par leur zèle pour le maintien de l'ordre au delà des limitons prévues par la Kommanduntur. C’est ainsi qu’en automne 1915 un incident se produisit, que le général commandant le camp se vit obligé <$o qualifier officiellement de regretta blés, ■
Un officiel médical anglais, au cours de sa tournée quotidienne dans les compagnies, reçut d'un feldwebel deux coup de plat de sqbre dans le dos. Interrogé par ses supérieurs, ce sous-officier ne put expliquer.le motif du son acte. I! finit par répondre que, » peu habitué à l’uniforme anglais il n’avait pas vu qu’il avait affaire-à un officier. U croyait avoir devant lui un simple, soldat ».
L’officier anglais ne consentit a accepter les excuses que lui présenta la Kommandantur qu’à' la condition que le feldwebel coupable s’engageât a ne jamais frapper un prisonnier à quelque nationalité qu’il appartint.
En décembre de la même année, les Alicnimid.s commencèrent à établir les listes de représailles.
P.V
16 Juillet lots.


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  • February 5, 2017 20:32:05 David Gadiou (FR)

    A LA MÉMOIRE DES COMPAGNONS MORTS ENTRE LES MAINS ENNEMIES SONT DÉDIÉES CES IMAGES,
    TRACÉES AVEC LE SEUL SOUCI D’UN TÉMOIGNAGE FIDÈLE.
    NOTES
    PÉRONNE. '
    I-e convoi qui arriva au camp de Wlttenberg dans la nuit du 7 octobre 19H amenait des prisonniers français militaires et-civils.
    Les civils avaient été pris aux environs de Bapaume. Les Allemands avaient vidé d'habitants les maisons de la région, et amené ce monde en colonne, le long de la grande route, à la caserne de Péronne. Là, après avoir réuni les civils dans la cour, ils les avaient divisés en deux groupes, en poussant les hommes d'un côté, les femmes et les cn'ants d’un autre. Puis les hommes avaient été formés per quatre et conduits à la gare sous une escorte de soldais. Quand ils avaient franchi la grille • de la caserne, surmontée du drapeau allemand, une grande clameur s'était élevée du groupe des femmes.
    Les femmes et les enfants restaient dans la cour, maintenus par les sentinelles.
    LES CIVILS.
    Les Allemands les haïssaient parce qu’ils étaient faibles.
    Ils s’irritaient de leurs vêtements usés, de leur misère et au9si de leur embarras dans l'exécution des commandements. Les riviis étaient pour la plupart des vieux ou des tout jeunes. Ils ne savaient pas se mouvoir do façon disciplinée.
    Les Allemands les frappaient souvent.
    Dès leur arrivée au r.amp, on leur tondit lu partie postérieure de la tête, pour les spécialiser par un signe qui les désignât à la population en cas d’évasion. Cela leur faisait une marque verticale de la largeur de la tondeuse, montant du cou au sommet du crâne.
    On leur apprit aussi à saluer.
    Le salut que les gradés allemands exigent des prisonniers civils n’est pas un geste de courtoisie. Ils veulent que l’homme passe devant eux le chapeau à la main, Chapeati bas, comme s’il suivait un enterrement, le bras abattu verticalement et le chapeau dans l’axe du'bras. Cette attitude doit être observée six pas avant et six pas après le croisement avec le gradé.
    Les civils qu'ils faisaient défiler devant eux pour les exercer, ne comprimaient pas. Ils se découvraient d'un geste hésitant, variable suivant la mesure de leur angoisse. l-cs' Allemands éclataient, ils auraient’cru déroger en cherchant a faciliter par des précisions l’cxé-i-ution de leurs ordres, fis ne veulent devoir qu’à l’effroi l'obéissance de leurs victimes. • Alors, les civils si’arfétaient, a casquette en détresse, ignorant dans quel sens iis de' aient corriger leur essai, inquiets de l’insuccès de leur bonne volonté. Ils pensaient â leurs foyers dispersés, à leurs maisons détruites. Ils se disaient une leurs femmes étaient peut-être vivantes et, j coinméreux, exilées. Par une crainte irraisonnée de re- j juésniilcs sur elles, s'imaginant que leur propre conduite J notiwt influencer le traitement qu'elles subissaient au i loin.'ils s'appliquaient à ne pas augmenter une colère dont ils ne saisissaient pas la cause. Ils passaient en silence les yeux bniesés.
    , Les civils, lors de leur capture, étaient vêtus comme lo( sont, en été. les travailleurs des champs. Pondant l’hiver la plupart d’entre eux moururent de froid.
    Des distributions de vêlements eurent lieu au printemps 1915.
    LA SCHLAGUE.
    En novembre 1914, une cantine fut installée. Elle fonctionna un mois. Chaque matin, de neuf à onze heures, les prisonniers étaient autorisés à aller acheter du pain, du chocolat et de la margarine. Ils venaient en foule, Cela fournit aux Allemands l’occasion quotidienne de sévir. Dans une bousculade provoquée par les menaces •les sentinelle, un tirailleur arabe eut l'avant-bras traversé d'un coup de baïonnette. Une autre fois, les Allemands, mécontents de la tenue de la foule massée aux
    abords de la cantine, prirent un homme au hasard. C’était un caporal français. Ils l’empoignèrent et le conduisirent dans la chamDre de leur sous-officier. Là, iis lui donnèrent la schlague. Us se servent pour cela d’un morceau de caoutchouc d’environ 35 centimètres de long, de la grosseur d’un munche de pioche. Armé do cet instrument, l’un d’eux frappa le Français d’une vingtaine de coups. Le lendemain, les reins du patient étaient à vif. La tuméfaction de la partie frappée lui rendait le contact des vêtements intolérable. De longtemps il ne put retrouver le sommeil. Les Allemands ne se bornèrent pas à cet exemple. D’autres prisonniers reçurent lu schlague. Elle fut administrée fréquemment aux Busses. Des Français et des Anglais subirent aussi ce traitement.
    LE TYPHUS.
    Au début de janvier 1915, la présence du typhus exan-: thématique fut ofliciellement constatée. Les Allemands, soucieux d’éviter à leur personnel sanitaire les risques d’une épidémio, quittèrent le camp et en interdirent.
    l’accès.
    Des glissières furent installées contre le grillage devant chaque compagnie. C'étaient des plans Inclinés formés de planches ajustées, dont une extrémité s'appuyait au sommet de la clôture, l'autre posant sur le sol à l'intérieur du chemin de ronde. Une estrade extérieure permettait aux Allemands d’atteindre le tiaut du grillage, d’où ils lâchaient sur le plan incliné les objets qu’ils avaient à transmettre aux compagnies.
    ' Sur l'ordre du médecin-chef, toute communication entre le service de santé et le lazaret fut interrompu, le droit d'écrire supprimé aux prisonniers. La quarantaine commençait
    Depuis un mois, des cas suspects s’étaient manifestés parmi les Russes. Les Busses étaient affamés. La voracité de leur .appétit rendait plus intolérable chez eux / l’insuffisance” de nourriture.. Ils cherchaient parmi les balayures de quoi calmer la faim qui les torturait Leur dépression physique, qu’aggravait encore une impuissance naturelle à réagir, offrait un champ de développement grand ouvert à la, maladie.
    L'ordre était venu de la Kommandantur, vers la fin de novembre 1914, de mélanger les prisonniers alliés.
    ■i Ainsi, déclaraient les gradés, ces gens-là apprendront à se connaître.» Des compagnies mixtes furent organisées, de façon que la composition des escouades permit d'encadrer chaque prisonnier par deux voisins de paillasse de nationalités différentes. L’autorité allemande es-' perait que les nécessités d’une vie commune ne, manqueraient pas de susciter parmi ces hommes, étrangers les uns aux autres par le langage et les habitudes, des conflits utiles à entretenir et à exploiter.
    le typhus seul se développa.
    Les médecins alliés restaient en face du mai, sans armes pour le combattre. Un major français avait 'téléphoné, un jour, au bureau du rnédecin-chef pour demander des remèdes. Il ne reçut pas de réponse. Il entendit seulement la voix d’un employé transmettre la demande, et la voix du médecin-chef donner l’ordre de-raccrocher le récepteur.
    L'encombrement croissant de la salle des typhiques rendait tout essai de propreté impossible. Dès les premières semaines, le nomb.o des lits ne suffisant plus, ou ■tala dès paillasses par terre. Les infirmiers, dépassés par leur tâche, obligés d’enjamber les fiévreux pour porter leurs soin», na prenaient de repos que lorsque le mal les abattait à leur tour. Le nombre des médecins diminuait de semalno en semaine. /
    On transportait les malades par le chemin de ronde, des compagnies au lazaret, étendus sur des planches portées u l’épaule par quatre hommes, r.es cercueils suivaient In même route en sens inverse, du lazaret au cimetière du -camp. Les Busses accompagnaient leurs j morts en chantant dos prières. Le défilé lunèbre se re- i non vêlait chaque uprès-midi. I! durait jusqu’à la nuit. ! t)n n, pu niiniaitie !c nombre total dés décès. On a j compté dans une période de trois mois près de huit cents i
    morts identifiés. Mais dans les ravages du début, l’empilement des cadavres et leur inhumation hâtive n'ont permis aucun contrôle, les listes nominatives dressées par les Allemands étant restées, enoore incomplètes, entre leurs mains. De nombreux cercueils contiennent deux corps.
    Le médecin-chef qui dirigeait le service de santé du camp de Wittenberg à cette époque se nomme le docteur Achenbach.
    L’épidémie commença à fléchir à la fin d’avril 1915.
    A partir de cette époque sa virulence décrût. On vit ce qu’on n’avalt .pas vu encore : des convalescents du typhus. Convalescents souvent abîmés, car le mal, en quittant ses victimes laissait presque toujours sur elles des traces ineffaçables. Le camp resta consigné jus-qu’aux-derniers jours do mai. La permission d’écrire une carte de six lignes pat- semaine fut alors accordée aux prisonniers.
    L’ALERTE.
    Le 20 mai, quelques jours avant l’entrée en guerre de l’Italie, une alerte eut lieu.
    Cet exercice se renouvelait souvent. Un coup de sifflet était lancé par l'officier de service auquel répondaient les sifflets des sentinelles disséminées autour de l’enceinte. Ce signal annonçait le début de l'exercice. Selon les termes des affiches placardées sur les murs, les prisonniers devaient alors regagner au plus vite leurs places. Un délai de dix minutes leur était accordé pour cela. Toute infraction à cet ordre entraînait la peine de mort.
    Ce soir-là, à'9 heures, les coups de sifflet se firent entendre. La foule encombrait les avenues. II faisait chaud. Tout le monde se pressa vers le3 baraques. A ce moment, dans le chemin de ronde qui entourait le camp, un homipe, venant du lazaret regagnait sa compagnie. C’était un civil français. A peu près irresponsable, sachant à peine s’exprimer, il n’était renseigné sur rien. Un landsturm posté en sentinelle de l’autre côté du fil de fer lui crie l’ordre de rentrer. Le civil s’arrête. Se croyant appelé, il s'avance vers l’Allemand. Il porte la main à sa casquette. L'Allemand l’ajuste et tire. L'homme est tué raide.
    Le meurtrier a dit, plus tard, que devant la menace du civil qui (marchait vers lui la main levée, il avait Jugé de son devoir de faire feu.
    La détonation fut comme un ordre pour les autres. Us commençaient à s'irriter do voir s’exécuter sans panique les instructions de la Kommandantur. Le zèle de leur camarade accrut leur impatience à appliquer les règle-■ mente. 7 minutes s’étaient écoulées depuis le signal. Ils ouvrirent le feu à travers les grilles sur les hommes qui n’avaient pu encore rejoindre leurs placés. Trois hommes furent tués, quatre blessés, un fut blessé dans sa baraque par une balle qui traversa la paroi.
    Quand les avenues furent désertes, les Allemands, par petits groupes, s’approchèrent du grillage et sonnèrent aux portes des compagnies. C’était leur manière habituelle d’appeler les iiitcrprètes’lorsque les besoins du service l’exigeaient, sans avoir à pénétrer dans la zone interdite- où la contagion aurait pu les atteindre. Après un colloque de quelques Instants, les interprètes reviennent vers leurs camarades. U» transmettent les ordres : Les hommes doivent ressortir sur l’heure et circuler libre- | ment,dehors.
    La chaleur devenait plus lourde. Dans les baraques, ! on respirait mal. l^’ordre de circuler fut accueilli comme une permission. Les portes s’ouvrirent. Les avenues s’emplirent de monde.
    Bientôt la <iensité de la foule parut suffisante aux ’ . Allemand* pour favoriser une reprise de l’exercice. Brus- | qpemént, de tous les points du grillage, les sifflets partirent. Les prisonniers, avertis par I expérience qu’ils venaient de faire, se hâtèrent vers "leurs pinces. Comme lu première fois, les .sentinelles ouvraient le feu trois minutes avant l.e terme des délais-,prescrits.
    Après le tumulte de la rentrée, le camp redevint silencieux. Buis le tintement des sonnettes reprit. Le long du !
    grillage des voix allemandes s’élevèrent, commandant aux prisonniers de sortir. L’ordre resta d’abord sans effet. Aux portes des compagnies les Allemands s'irritaient, tirant violemment sur les cordons des sonnettes, déclarant d’un ton courroucé que l’exercice était définitivement terminé, qu’on n’avait plus rien à craindre. Enfin, quelques têtes se montrèrent aux portes entrebâillées des baraques. Peu à peu, les hommes commencèrent à sortir, fatigués de l’atmosphère empoisonnée qu’ils respiraient à l’intérieur, poussés par un besoin d’air et de nouvelles. On savait que la première alerte avait fait des victimes. On ignorait le résultat de la seconde. On voulait se renseigner. A la quatrième compagnie surtout l’agitation était grande. C’est là quo le tir des sentinelles avait été lo plus actif. Les hommes de la quatrième compagnie, massés devant leurs baroques, dans la partie de la cour qui bordait le chemin .de ronde, commentaient l’événement, quand un gradé apparut au-sommet de la glissière. C'était le feldwebel de in compagnie, un retraité des chemins de fer, ancien combattant de 70. Il avait 67 ans. Du haut de la glissière, il commença un discours. Le bras tendu, il brandissait sans arrêt sa pipe de porcelaine, dans un geste de menace. Ceux qui entendaient l’Allemand distinguaient à peine ce qu’il disait, tant la colère éraillait sa voix. Quelques mots, seulement, leur parvenaient, défigurés par l’intensité de son indignation. Le nom de Dieu jaillissait dans le désordre de sa parole. A ses invectives se mêlaient des formules déclamatoires, car il avait le goût de' l’emphase et de la malédiction. II disait : « Prenez garde, bande de misérables ! La paticnco allemande a des limites 1 Malheur à vous, si vous l’excédez !... » Ses auditeurs le regardaient sans comprendre. Alors, un remous se produisit parmi eux. Quatre Busses, portant un homme étendu sur une planche, se frayaient un 'passage à travers la foule. C'était un blessé de l’alerte qu'on emmenait au lazaret La civière improvisée, chargée du corps immobile, avançait lentement, dominant les têtes. On s’écarta. Les porteurs gagnèrent le chemin de ronde, tournèrent dans la direction du lazaret. Le feldwebel s'était tu. Il disparut derrière la glissière.
    L'officier qui commandait le camp en 1915 se nommé, le général Dassei.
    LE FELDWEBEL,
    Quelques semaines plus tard, les Allemands rentraient au camp.
    Le régime des coups recommença à fonctionner.
    En Allemagne, les coups no constituent pas une mesure disciplinaire nettement définie. Us sont l'essence même de la discipline. Leur emploi se passe de motif. Les coups pour les Allemands n’ont une efficacité réelle que s’ils sont distribués violemment et à l’improviste sur des hommes dans l’impossibilité de les rendre ,ou de les éviter.
    Parfois, certains gradés se laissaient entraîner par leur zèle pour le maintien de l'ordre au delà des limitons prévues par la Kommanduntur. C’est ainsi qu’en automne 1915 un incident se produisit, que le général commandant le camp se vit obligé <$o qualifier officiellement de regretta blés, ■
    Un officiel médical anglais, au cours de sa tournée quotidienne dans les compagnies, reçut d'un feldwebel deux coup de plat de sqbre dans le dos. Interrogé par ses supérieurs, ce sous-officier ne put expliquer.le motif du son acte. I! finit par répondre que, » peu habitué à l’uniforme anglais il n’avait pas vu qu’il avait affaire-à un officier. U croyait avoir devant lui un simple, soldat ».
    L’officier anglais ne consentit a accepter les excuses que lui présenta la Kommandantur qu’à' la condition que le feldwebel coupable s’engageât a ne jamais frapper un prisonnier à quelque nationalité qu’il appartint.
    En décembre de la même année, les Alicnimid.s commencèrent à établir les listes de représailles.
    P.V
    16 Juillet lots.

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    ID
    19208 / 216380
    Source
    http://europeana1914-1918.eu/...
    Contributor
    Élisabeth PHILIPPE
    License
    http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/


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