Transcription du manuscrit
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(Transcription du manuscrit retrouvé dans les affaires de Mademoiselle Louise Joly (1886-1974). Cette Grande Tante de
mon Père demeurait à AMIENS dans une maison proche de l'Hôpital Militaire qui avait été installé là pendant la Grande Guerre.
Ce fut son premier et seul amour et de toute sa vie elle ne s'est jamais mariée)
Dernière Lettre
Je vous écris, très chère, du bois d'x... vous savez que l'on nous défend d'être prolixe,
je ne puis donc nommer le plus clairement l'endroit. Des chênes tout gibbous et des sapins tout
droit forment un cadre agreste et dont je m'accommode tandis qu'autour de moi l'on joue
aux dés, je brode des poèmes, cela vaut mieux. J'évoque votre front, vos lèvres et vos yeux et
je sens qu'à jamais se sont jointes nos mes. Depuis le tendre aveu qu'un soir nous
échangeâmes au fond d'un noir taxi filant comme le vent... et tous ces souvenirs grisent mon
cœur fervent!
J'écoute aussi jaser les ruisseaux et recueilli les mots que le zéphir inconstant dit aux
feuilles. Et lorsque le canon même sinistrement sa lugubre rumeur à ces hymnes charmants
et qu'une mitrailleuse au loin, en embuscade, crépite ainsi qu'un fouet qui claque par
saccades, ma foi je ne prends le plus garde à ces vains bruits que vous au roulement des
fiacres dans la nuit. Car vous seule occupez a pensée et, sans trêve, comme une vision surgie
au fond d'un rêve, vous paraissez partout où je pose mes pas. Ainsi dans la forêt où je rêve il
n'est pas de clairière, il n'est pas de tailler ni de sente d'où mon amour n'ait senti une
heure absente, du ténébreux Décembre au radieux Avril.
Nous n'avons pas couru jusqu'alors grand péril, à peine avons-nous vu planer sur
nous leurs taubes. Mais notre tour approche. A la pointe de l'aube, demain, nous attaquons
Messieurs les Bavarois : ce sera beau, car nous serons un contre trois. On dit que l'objectif
est une vieille ferme. La place est dangereuse et nous taperons ferme, chacun s'étant tué de
tenir jusqu'au bout.
En pensant au combat de demain mon sang bout. Je me dis qu'il serait plus sage de
me taire et qu'il vaudrait mieux vous épargnez le chagrin des noirs pressentiments dont je
me sens étreint, mais je ne puis cacher mes angoisses secrètes à l'Amie ineffable et tendre
que vous êtes. Je ne puis vous cacher que notre section doit se sacrificiel au front de l'action
et, frayant le chemin, montrer l'exemple aux autres.
Je suis certain de n'en pas revenir. Les nôtres, quand le "communiqué" notera leurs
exploits, ne seront plus que des cadavres déjà froids. C'est pourquoi ces derniers vers que je
vous adresse vous portent le suprême élan de ma tendresse.
Si nous sommes vainqueurs ne prenez pas mon deuil et que ce soit moins la tristesse
que l'orgueil qui de vos yeux si beaux fasse couler des larmes. Mais plus tard, quand la
France aura posé les armes, venez vers les forêts et les champs dévastés où mes amis et moi
nous serons tous restés; oui très Chère, venez à l'heure où le soir tombe errer
mélancoliquement devant nos tombes.
Et songes que je suis mort sans crainte, parmi tous ces braves, le front tourné vers
l'ennemi, évoquant les bonheurs dont le Destin me sèvre, mon grand amour au cœur et votre
nom aux lèvres!
Max Ligardès commis à Paris 80
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(Transcription du manuscrit retrouvé dans les affaires de Mademoiselle Louise Joly (1886-1974). Cette Grande Tante de
mon Père demeurait à AMIENS dans une maison proche de l'Hôpital Militaire qui avait été installé là pendant la Grande Guerre.
Ce fut son premier et seul amour et de toute sa vie elle ne s'est jamais mariée)
Dernière Lettre
Je vous écris, très chère, du bois d'x... vous savez que l'on nous défend d'être prolixe,
je ne puis donc nommer le plus clairement l'endroit. Des chênes tout gibbous et des sapins tout
droit forment un cadre agreste et dont je m'accommode tandis qu'autour de moi l'on joue
aux dés, je brode des poèmes, cela vaut mieux. J'évoque votre front, vos lèvres et vos yeux et
je sens qu'à jamais se sont jointes nos mes. Depuis le tendre aveu qu'un soir nous
échangeâmes au fond d'un noir taxi filant comme le vent... et tous ces souvenirs grisent mon
cœur fervent!
J'écoute aussi jaser les ruisseaux et recueilli les mots que le zéphir inconstant dit aux
feuilles. Et lorsque le canon même sinistrement sa lugubre rumeur à ces hymnes charmants
et qu'une mitrailleuse au loin, en embuscade, crépite ainsi qu'un fouet qui claque par
saccades, ma foi je ne prends le plus garde à ces vains bruits que vous au roulement des
fiacres dans la nuit. Car vous seule occupez a pensée et, sans trêve, comme une vision surgie
au fond d'un rêve, vous paraissez partout où je pose mes pas. Ainsi dans la forêt où je rêve il
n'est pas de clairière, il n'est pas de tailler ni de sente d'où mon amour n'ait senti une
heure absente, du ténébreux Décembre au radieux Avril.
Nous n'avons pas couru jusqu'alors grand péril, à peine avons-nous vu planer sur
nous leurs taubes. Mais notre tour approche. A la pointe de l'aube, demain, nous attaquons
Messieurs les Bavarois : ce sera beau, car nous serons un contre trois. On dit que l'objectif
est une vieille ferme. La place est dangereuse et nous taperons ferme, chacun s'étant tué de
tenir jusqu'au bout.
En pensant au combat de demain mon sang bout. Je me dis qu'il serait plus sage de
me taire et qu'il vaudrait mieux vous épargnez le chagrin des noirs pressentiments dont je
me sens étreint, mais je ne puis cacher mes angoisses secrètes à l'Amie ineffable et tendre
que vous êtes. Je ne puis vous cacher que notre section doit se sacrificiel au front de l'action
et, frayant le chemin, montrer l'exemple aux autres.
Je suis certain de n'en pas revenir. Les nôtres, quand le "communiqué" notera leurs
exploits, ne seront plus que des cadavres déjà froids. C'est pourquoi ces derniers vers que je
vous adresse vous portent le suprême élan de ma tendresse.
Si nous sommes vainqueurs ne prenez pas mon deuil et que ce soit moins la tristesse
que l'orgueil qui de vos yeux si beaux fasse couler des larmes. Mais plus tard, quand la
France aura posé les armes, venez vers les forêts et les champs dévastés où mes amis et moi
nous serons tous restés; oui très Chère, venez à l'heure où le soir tombe errer
mélancoliquement devant nos tombes.
Et songes que je suis mort sans crainte, parmi tous ces braves, le front tourné vers
l'ennemi, évoquant les bonheurs dont le Destin me sèvre, mon grand amour au cœur et votre
nom aux lèvres!
Max Ligardès commis à Paris 80
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(Transcription du manuscrit retrouvé dans les affaires de Mademoiselle Louise Joly (1886-1974). Cette Grande Tante de
mon Père demeurait à AMIENS dans une maison proche de l'Hôpital Militaire qui avait été installé là pendant la Grande Guerre.
Ce fut son premier et seul amour et de toute sa vie elle ne s'est jamais mariée)
Dernière Lettre
Je vous écris, très chère, du bois d'x... vous savez que l'on nous défend d'être prolixe,
je ne puis donc nommer le plus clairement l'endroit. Des chênes tout gibbous et des sapins tout
droit forment un cadre agreste et dont je m'accommode tandis qu'autour de moi l'on joue
aux dés, je brode des poèmes, cela vaut mieux. J'évoque votre front, vos lèvres et vos yeux et
je sens qu'à jamais se sont jointes nos mes. Depuis le tendre aveu qu'un soir nous
échangeâmes au fond d'un noir taxi filant comme le vent... et tous ces souvenirs grisent mon
cœur fervent!
J'écoute aussi jaser les ruisseaux et recueilli les mots que le zéphir inconstant dit aux
feuilles. Et lorsque le canon même sinistrement sa lugubre rumeur à ces hymnes charmants
et qu'une mitrailleuse au loin, en embuscade, crépite ainsi qu'un fouet qui claque par
saccades, ma foi je ne prends le plus garde à ces vains bruits que vous au roulement des
fiacres dans la nuit. Car vous seule occupez a pensée et, sans trêve, comme une vision surgie
au fond d'un rêve, vous paraissez partout où je pose mes pas. Ainsi dans la forêt où je rêve il
n'est pas de clairière, il n'est pas de tailler ni de sente d'où mon amour n'ait senti une
heure absente, du ténébreux Décembre au radieux Avril.
Description
Save description- 48.856614||2.3522219||
Paris
- 49.894067||2.2957529999999906||||1
depuis le front, du Boix d'x... (nom pas dévoilé)
Location(s)
Story location depuis le front, du Boix d'x... (nom pas dévoilé)
Document location Paris
- ID
- 8198 / 81761
- Contributor
- CORDEAU
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- Français
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