FRAD063-058 Monique TOYE LABORIE (contributeur), item 10

Edit transcription:
...
Transcription saved
Enhance your transcribing experience by using full-screen mode

Transcription

You have to be logged in to transcribe. Please login or register and click the pencil-button again

extrait du journal "Le Petit Parisien" N° 13.791 Dimanche 2 Août 1914
"La France décrète la mobilisation générale".



Le Petit Parisien

La France décrète la mobilisation générale
L'ALLEMAGNE DÉCLARE LA GUERRE A LA RUSSIE


Column 1
La Situation

L'Allemagne a déclaré la guerre à la
Russie. Le sort en est jeté, et tous les ef-
forts de pacification tentés sont désor-
mais frappés de stérilité. La guerre géné-
rale apparaît maintenant à l'horizon im-
médiat de l'Europe.
Il importe de noter presque heure
par heure les événements qui se sont
succédé dans la journée d'hier avec une
poignante rapidité. On avait peine à se
reconnaître au milieu des informations
contradictoires qui survenaient de toutes
parts. Malheureusement, un coup de
théâtre a tout éclairci.

L'ultimatum allemand
à la Russie

On apprenait, au début de la matinée,
que deux démarches décisives avaient
eu lieu dans la soirée de vendredi.
1° D'un côté, le comte de Pourtalès,
ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pé-
tersbourg, avait reridu visite à M. Saso-
nof, ministre des Affaires étrangères de
Russie. Il lui apportait un véritable ulti-
matum, demandant à la Russie de démo-
biliser dans les douze heures.
2° D'autre part, M. de Schœn, ambas-
sadeur d'Allemagne, s'était rendu au quai
d'Orsay. Il annonçait à M. Viviani que
l'Allemagne voulait savoir dans un court
délai quelle attitude prendrait la France
en cas de guerre russo-allemande.
Ces deux démarches, connues dans
tous les milieux officiels, hier matin,
produisirent une émotion très conce-
vable.
Un conseil des ministres se tint à dix
heures, à l'Elysée, qui s'occupa de la
crise en suspens, au double point de vue
diplomatique et militaire.
Le conseil siégeait lorsque M. Viviani
fut prévenu que M. de Schœn désirait
avoir une audience au quai d'Orsay. Le
président du Conseil reçut presque aus-
sitôt l'ambassadeur d'Allemagne et s'en-
tretint près d'une heure avec lui après
quoi, il revint à l'Elysée.
D'après nos informations, M. de Schœn,
qui avait laissé entendre, la veille, que
Éon départ pourrait être imminent, ma-
nifesta moins de velléités belliqueuses.
Les conversations continuaient à Paris.
Elles continuaient également à Péters-
bourg.

La proposition anglaise

Au début de l'après-midi, sur la dé-
claration de plusieurs ministres, une
lueur d'espoir apparaissait. Du reste, de
toutes les capitales arrivaient des dépê-
ches plus rassurantes.

L'Angleterre avait accompli la démar-
che que nous avons indiquée hier soir
et qui avait lieu sur l'initiative du roi
Georges V. Cette démarche consistait à
demander à la Russie et à l'Autriche de
démobiliser conjointement, l'Allemagne
étant invitée à user de son influence à
Vienne. La Russie marquait l'esprit de
conciliation qu'elle n'avait cessé de ma-
nifester depuis le début de la crise, ac-
quiesçant volontiers au projet britanni-
que l'Autriche était moins hostile à
9'idée d'une médiation. Seule, l'Allema-
gne restait impénétrable.
Ce moment d'optimisme fut malheu-
reusement très bref. A quatre heures et
demi, les télégrammes annonçant la
mobilisation apparaissaient partout sur
les murs de Paris.
Quelle attitude prendrait l'Allemagne
L'ambassadeur impérial quitterait-il im-
médiatement la capitale ?
Le conseil des ministres s'était réuni
de nouveau à quatre heures. Il prolongea
sa séance au delà de six heures.


Les visites de M. de Sehœn


Entre temps, M. Viviani avait eu une
conférence avec M. de Schœn et l'am-
bassadeur d' Allemagne n'avait point an-
noncé la rupture.
A l'issue de cette seconde réunion, on
apprenait que l'ambassadeur d'Allema-
gne n'était pas parti dans l'après-midi,
contrairement aux bruits qui avaient
couru.
Il avait eu, dans l'après-midi, deux, en-
trevues avec le président du Conseil.
Le président du Conseil avait, une fois
encore, insisté auprès de l'ambassadeur,
pour lui faire remarquer que le gouver-
nement était toujours décidé à maintenir
la paix.
Il avait ajouté que l'Allemagne, ayant
mobilisé, le gouvernement français s'é-
tait vu dans la nécessité de prendre la
même mesure.
Mais, ajoutait-il, mobilisation ne veut
pas dire guerre. C'est d'ailleurs la phrase
même insérée dans la proclamation du
gouvernement au peuple français.
En terminant l'entretien, M. Viviani
avait donné à M. de Schoen deux preu-
ves de l'attitude pacifique de la
France :

1° Les Chambres, sans lesquelles le
gouvernement ne peut rien, n'ont pas
été convoquées

2° Les troupes françaises se tiennent,
non pas comme les troupes allemandes
au poteau-frontière, mais à huit kilomè-
tres en arrière.


column 2


En quittant le quai d'Orsay, M. de
Schœn se rendit à son ambassade, puis
il rendit visite à l'ambassadeur d'Autri-
che, le comte Szecsen.

La démarche de l'ambassadeur
d'Autriche-Hongrie

L'ambassadeur d'Autriche fit une assez
longue visite entre six et sept à M. Vi-
viani. D'après les indications que nous
avons recueillies, il aurait tenu un lan-
gage plutôt conciliant, et aurait admis la
possibilité pour l'Autriche d'accepter les
bons offices d'une tierce puissance vis-
à-vis de la Russie.
Cette démarche n'était pas l'un des
éléments les moins caractéristiques de la
soirée.
Ainsi, à l'heure où les plus graves me-
sures militaires étaient prises de toutes
parts, des négociations continuaient,
dont l'importance n'était pas douteuse.
Mais les personnes bien infor-
mées n'envisageaient qu'avec scepticis-
me les pourparlers qui se nouaient.
Elles croyaient savoir que l'Allemagne
voulait la guerre en dépit des affirma-
tions qu'elle avait émises pendant quel-
ques jours.

La déclaration de guerre
à la Russie

L'événement leur donnait raison, puis-
que, à onze heures, hier soir, on appre-
nait que l'Allemagne déclarait la guerre
à la Russie. Le ton de la presse alleman-
de et surtout de l'officieux Lokalanzeiger,
à l'égard du cabinet de Saint-Péters-
bourg, avait laissé prévoir hier matin
cette brusque attaque.
Ainsi l'Allemagne a pris devant le
monde, devant l'histoire, l'initiative de
la plus colossale conflagration dont on
ait noté le souvenir.

Le renfort anglais

Quel sera le rôle de l'Angleterre ?
Elle a multiplié ses efforts pour réta-
blir la paix. Elle n'y a pas réussi.
On peut être certain maintenant,
après les déclarations qu'elle a faites ces
jours-ci, qu'elle interviendra par les ar-
mes dans un conflit franco-allemand.
Non seulement elle a mobilisé sa flotte,
mais elle prépare un corps expédition-
naire sous les ordres du général French.
A L'AMBASSADE D'ALLEMAGNE
Tout l'après-midi et surtout depuis que
l'ordre de mobilisation générale a été affi-
ché, c'est, rue de LiIle; un incessant défilé
d'autos et de voitures. Nombre d'Allemands
se rendent à l'ambassade, pour s'occuper
des formalités de leur rapatriement. Pres-
que tous sont renvoyés au consulat géné-
ral, qui est au bout de la rue.
Rentré du ministère, vers 6 heures, M.
de Schœn en ressort un instant après. Son
visage est fermé, soucieux...
Son absence est, du reste, de courte du-
rée une dizaine de minutes après, il re-
vient en effet. Et toujours le défilé continue.
Ce sont des gens qui se dirigent vers la
gare d'Orsay, où l'affluence est énorme :
des Allemands qui viennent prendre des
nouvelles... Un service d'ordre discret est
organisé, et nulle manifestation n'a lieu.
Vers sept heures, nous pouvons joindre
un des attachés de l'ambassade, tandis
qu'une conférence se tient dans les bu-
reaux. Il nous fait cette déclaration
- Je ne crois pas que le départ de M. de
Schœn aura lieu cette nuit.

L'ALLEMAGNE
A MOBILISÉ
A NOTRE FRONTIÈRE


D'informations dignes de foi parve-
nues à Paris il résulte que l'état de « me-
nace de guerre », proclamé vendredi en
Allemagne, a permis au gouvernement
impérial de mobiliser en secret.
Dès hier, l'Allemagne a mobilisé six
classes de réservistes par appels indivi-
duels.
Les transports de concentration de
l'armée active ainsi portée au pied de
guerre sont déjà commencés.

Ils sont achevés ou la veille de l'être,
non seulement pour les corps d'armée de
couverture, mais encore pour le 7e
(Münster), le 11e (Cassel), le 18e (Franc-
fort).
A l'est de Thionville et Metz, cette con-
centration peut être évaluée dès aujour-
d'hui à 300.000 hommes au minimum.
Les avant-postes allemands ont par-
tout été portés sur la ligne frontière elle-
même.
Toutes les réquisitions sont achevées.
Quand l'Allemagne annoncera sa mo-
bilisation. cette mobilisation sera déjà
accomplie.
C'est pour parer à ce grave péril que
le gouvernement français a dû, hier
après-midi, proclamer à son tour la mo-
bilisation.

le Reichstag est convoqué
pour mardi

Berlin, 1er août.

Le Reichstag est convoqué pour mardi. Il
sera ouvert par l'empereur au palais royal,
et non pas au palais législatif.
Comme le Reichstag n'a pas voix au cha-
pitre pour décider la guerre ou la paix, il ne
se réunira que pour recevoir l'annonce offi-
cielle de la décision du kaiser et du conseil
fédéral et, si c'est nécessaire, pour voter les
crédits de guerre.


column 3


UNE PROCLAMATION DU GOUVERNEMENT
A la Nation française
Depuis quelques jours, l'état de l'Europe s'est considérablement aggravé,
en dépit des efforts de la diplomatie. L'horizon s'est assombri.
A l'heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces. Même
des pays protégés par la neutralité ont cru devoir prendre cette mesure de pré-
caution.

Des puissances, dont la législation constitutionnelle ou militaire ne ressem-
blent pas à la nôtre,, ont, sans avoir pris un décret de mobilisation, commencé
à à poursuivre des préparatifs qui équivalent en réalité à la mobilisation même
et qui n'en sont que l'exécution anticipée.
La France, qui a toujours affirmé ses volontés pacifiques, qui a, dans des
jours tragiques donné à l'Europe des conseils de modération et un vivant exem-
ple de sagesse, qui a multiplié ses efforfs pour maintenir la paix du monde s'est
elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris dès maintenant les premiè-
res dispositions indispensables à la sauvegarde de son territoire.
Mais notre législation ne permet pas de rendre ces préparatifs complets s'il
n'intervient pas un décret de mobilisation.

Soucieux de sa responsabilité, sentant qu'il manquerait à un devoir sacré
s'il laissait la chose en l'état, le gouvernement vient de prendre le décret qu'im-
pose la situation.

La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle ap-
paraît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur.
Fort dans son ardent désir d'aboutir à une solution pacifique de la crise, le gou-
vernement, à l'abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplo-
matiques et il espère encore réussir. Il compte sur le sang-froid de cette noble
nation pour qu'elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée. Il compte
sur le patriotisme de tous les Français et sait qu'il n'en est pas un seul qui ne
soit prêt à faire son devoir.

A cette heure, il n'y a plus de partis, il y a la France éternelle, la France
pacifique et résolue. Il y a la Patrie du droit et de la justice tout entière unie
dans le calme, la vigilance et la dignité.

Le Président de la République RAYMOND POINCARÉ
Par le Président de la République,

Le président du Conseil des ministres, ministres des Affaires étrannères
̃' René VIVIANI

Tous les autres ministres ont signé également dans l'ordre protocolaire.

La déclaration du gnorro
La déclaration de guerre de l'Allema-
gne à la Russie a été connue hier, au
quai d'Orsay, vers onze heures du soir.
A la même heure, l'ambassade de Rus-
sie recevait un télégramme de Péters-
bourg, et nous obtenons d'elle la confir-
mation de la nouvelle que nous avions
déjà.

C'est à sept heures et demie exactement
que le gouvernement russe était avisé de
l'ouverture des hostilités.

La mobilisation russe

Saint-Pétersbourg, 1™ aoùt.

A partir de six heures du matin, dans
tous les bureaux de mobilisation, un travail
intense a conunencé: Des foules considéra-
bles de réservistes arrivaient sans cesse,
accompagnées de leurs femmes et de leurs
parents. Fous étaient animés du plus grand
enthousiasme on ne remarquait aucune
note discordante.

Tous étaient joyeux, alertes et vibraient
d'un patriotisme ardent.

A onze heures, dans la plupart des bu-
reaux, le travail était terminé. Les réservis-
tes, par groupes de plusieurs centaines
d'hommes chacun, se sont rendus dans les
locaux préparés par la municipalité ou ont
été répartis dans les régiments de la capi-
tale.

La population acclame chaleureusement
les réservistes et les salue du haut des
fenêtres et des balcons. Dans les nies, on
leur serre la main et on les embrasse.
L'état d'esprit des masses ouvrières est
également excellent. Dans beaucoup de fa-

ARMÉE DE TERRE ET ARMEE DE MER
ORDRE

DE MOBILISATION GÉNÉRALE
Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de
terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et
harnais nécessaires au complément de ces armées.

Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.
Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être
puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du FASCICULE DE
MOBILISATION (pages coloriées placées dans son livret).

Sont visés par le présent ordre tous les hommes non présents sous les dra-
peaux et appartenant:

1° à l'ARMÉE DE TERRE y compris les troupes coloniales et les hommes des
services auxiliaires.

à l'ARMÉE DE MER y compris les inscrits maritimes et les armuriers
de la Marine.

Les autorités civiles et militaires sont responsables de l'exécution du présent décret
Le monstre de la Guerre Le ministre de la Marine

briques et d'usines, les ouvriers ont déclaré
qu'ils ne pouvaient pas truvailler un jour
pareil et sont allés conduire aux bureaux de
mobilisation ceux de leurs camarades qui
avaient été convoqués. De ce fait, un grand
nombre de' fabriques, principalement des
quartiers de Viborg et de la Neva, ont du
chômer.

La France respectera

la neutralité belge.

à moins que celle-ci ne soit violée
Bruxelles, 1" août.

M. Klobukowsky, ministre de France à
Bruxelles, a eu un entretien avec M. Davi-
gnon, ministre des Affaires étrangères de
Belgique, auquel il a dit qu'il était autorisé
à déclarer que conformément d'ailleurs à ses
déclarations antérieures, le gouvernement
de la République français respectera La
neutralité de la Belgique en cas de conflit
international. Seulement, dans 1 hypothèse
où la neutralité de la Belgique ne serait pas
respectée par une autre puissance, ]e gou-
vernement français examinerait quelles me-
sures il conviendrait de prendre dans l'in-
térêt de sa propre défense.

Eehec autrichien près de Belgrad
Nisch, 1er août.

Les Autrichiens ont éprouvé un échec en
tentant de passer la Save et le Danube, non
loin de Belgrade, près du village d'Ichmitza.
Le {eu des batteries serbes, bien dirigé,
leur a tnfligé de grosses perte.s, d la suite
desquelles leur colonne s'est retirée.
C'est après cet échec que Belgrade a été
bombardée pour la troisième lois.

Le Japon et ses devoirs

Londres, ler août

Le correspondant du Times à Tokio a in-
terviewé le baron Kato, ministre des Affai-
res étrangères, qui lui a dit

«Si malheureusement les hostilités écla-
taient entre l'Angleterre et d'autres puis-
sances, nous sommes prêts à faire ce àquoi
nous oblige notre allliance. J'espère sincè-
rement que rien n'arrivera dans cette par-
tie du monde, mais, si nos alliés sont en- i
tramés dans une guerre, il faudra faire
notre devoir. »

Comment les Parisiens
accueillirent

l'ordre de mobilisation
La première affiche une affiche manus-
crite portant l'ordre de mobilisation fut ap-
posée, à quatre heures, sur le grand portait
de l'état-major des pompiers, boulevard du
Palais. Ecrite à la main sur un petit carre
de papier blanc, elle contenait ces simples
Ministère de la Guerre

MiDRË DE MOMUSATIOX

Extrême urgence

Premier jour de la mobilisation Dimanche
2 août

A cette lecture, quelqu'un s'écria

Vive la France

Et aussitôt la foule se précipita vers l'affi-
che et la nouvelle passa de bouche en bou-
che, accueillie avec une profonde émotion.
Presque au même instant, une affiche
semblable était apposée rue du Château-
d'Eau. à gauche de la petite porte des pom-
piers. Là, les passants crurent tout d'abord
à une plaisanterie ils ne pouvaient s'ima-
giner que ce petit morceau de papier, sans
aucun caractère officiel apparent, put être
authentique.

On dit C'est une fumisterie et l'on
déchira l'affiche. Alors le chef de poste in-
tervint.

Cest un ordre officiel déclara-t-il. Une
nouvelle affiche manuscrite, rédigée en hâte,
remplaça bientôt la premiçre. Et cette fois
deux sapeurs-pompiers, baïonnette au ca-
non, montèrent la garde, auprès d'elte.
Alors la foule eut un moment de stupeur
et bientôt l'enthousiasme fsclata de toute
part.

Eh bien, s'il faut partir, qu'on en fi-
nisse une bonne fois, dit un vieil ouvriers.
Et il exprimait par là le sentiment géné-
ral qui était plutôt un sentiment de détente
après l'ansiété fébrile de ces jours derniers.
Ce fat ensuite, dans bureaux de peste
du centre que la mobilisation fut annoncée
par un petit télégramme jaune ainsi conçu
OFFICIEL

Le premier jour de 1a mobilisation est le
dirnanche deux août.

Déjà, à côté de chaquQ boite aux lettres,
l'administration des postes avait fait placer
l'imprimé suivant

Avis relatif a la manière d'adresser les lettres
destinées aux militaires et au retard à prévoir
dans 1 acheminement des correspondances civiles
pendant la durée de la guerre

Les correspondances adressées aux militaires
pendant toute la durée de la guerre doivent tou-
jours porter un lieu de destination.

Pour connaître ce lieu de destination, le public
est prié de consulter l'affiche spéciale du minis-
tère. de la Guerre apposée dans les mairies et
dans les bureaux de poste.

D'autre part, de profondes modifications ayant
été apportées à la marche des trains affectés au
service postal, des retards très appréciables sont
il prévoir dans les transmissions de correspon-
dances, Pt particulièrement dans les relations
avec tes départements frontières et avec l'étran-
ger.

Cette autre affiche avait été prise par
beaucoup pour l'ordre de mobilisation lui-
mérnp et partout elle suscitait de nombreux
commentaires.

Bientôt, les éditions snéciales des jour-
naux parurent. Mais déjà la nouvelle s'était
répandue partout comme une traînée de
poudre.

Les grands boulevards avaient pris leur
physionomie des journées les plus animées.
Des groupes se formaient, commentant l'or-
dre bref du gouvernement, et une cordiale
fraternité s'établissait entre passauts.
Chacun donnait son appréciation ou for-
mulait ses vues sur les conséquences de la
mesure prise. Mais le sentiment qui domi-
nait la foule était la confiance absolue dans
l'avenir et il semblait que l'ordre de mobili-
sation faisait disparaître le malaise qui pe-
sait sur la population, par suite de l'incerti-
tude dans .laquelle on vivait à Paris depuis
huit jours.

Au moins, maintenant, nous savons à
quoi nous en tenir.

Telle était la phrase qui résumait la pen-
sée de tous.

L'arrivée des journaux du soir confirma
ce que chacun savait déjà, car la nouvelle
attendue s'était propagée avec rapidité dans
tous les quartiers. La sortie des ateliers et
des usines ne donna lieu il aucun incident,
dans le centre de Paris, ouvriers et ouvriè-
res, commis et employés connaissant l'ordre
militaire qui rappelle les citoyens sous les
drapeaut.

De cinq à sept heures, des jeunes gens,
précédés de drapeaux français, russes et
anglais, se formèrent en bandes de cinq
cents à mille personnes et parcoururent les
boulevards en chantant la Marseillaise. Des
cyclistes précédaient ces cortèges, que la
foule acclamait. Les spectateurs saluaient j
les drapeaux et la jeunesse qui, demain,
pourra être appelée à combattre pour la pa-
trie.

Dans certains cafés, les orchestres se mi-
rent à jouer des airs patriotiques, que les
consommateurs reprenaient en choeur..
Et cet enthousiasme débordant dura plu- 1
sieui% heures.

Après quoi. chacun dut songer au départ
et se mit à faire sa valise. De nombreux ré-
servistes déjà, en prévision de ce qui devait
arriver, s'étaient munis des choses indispen-
sables chaussures, flanelles. rtc.

Ceux qui doivent rallier leur corps au-
jourd'hui,. à la première heure, s'efforcèrent (
de régler au mieux leurs affaires de famillp.
il y eut de longs adieux, de longues recom-
mandations et des larmes.
N'importe, l'impression générale était la
résignation optimiste aux décrets de la fata- j i
lité, le courage très calme et la confiance en ♦
l'avenir! T
Dans la soirée, on placardait des affiches r
de mobilisation imprimées, dont noua avons
reproduit le texte.

Le départ des mobilisés
M la gare de l'Est

ai gare de l'Edl et .ses abords surtout ont
présenté, ppndant toute La journée d'hier, une
animation inaccoutumée jusqu'à ce jour. Ii;
s'y passa des scènes inoubliables, inspirées
par le plus pur patriotisme.

Dès midi, des réservistes qui avaient reçu
le matin leur ordre d'appel individusl par la
arrivaient porteurs de mu-seites et de
jlSqiiets remplis de victuailles. Ils ^présen-
taient aux grilles de la garo, lesquelles
étaient fermés en partit' pour la facilité du
•service d^rfiFr.

Le! hommes rejoipiaf.t îenr corps sur [«*
lipnes de* Verdun, de Nancy et de Belfort,
entraient à gaut'b-r. landiti-qiie les voyageurs
pénétraient dai:s l-a cour pa,r la dernière
porte de droite.

Tous les mobilisés, accompagnés, les uns
de lenrs parents, d'autres de leurs femmes
rni d'amis, devaient faire leurs adieux avant
de franchir la grille.

Stoïques, les mères, les épouse, s'effor-
çaient de contenir leurs larmes. Aussi, bien
peu de séparations déchiranies se produisi-
renf. Quant ;ïu.y part-enfcs. presque tous sou-
riants et 'fiers, ils se groupaient traternelle-
ment dans la cour avant de se diriger vers
les salles d'attente. Ils se rendaient, en chan-
tant, vers les quais d'embarquement. Leur
enthousiasme fut indescriptible.

Les amis, restés derrière les grilles, leur
criaient

Et surtout, les frères, rapporlez-nous
nos pendules

Jusqu'à une heure avancée de la soirée,
tes mobilisés se présentèrent en masse, tou-
jours alortes, résolus et de bonne humeur.
Au fnr et à mesure que ]*heure avançait,
les adieux devenaient plus touchants. Après
avoir embrassé sa jeune femme, un des par-
tants, un colosse, revint sur ses pas pour
lui dire

Surtout, je te recommande de bien soi.
gne.r ma maman.

Un autre, ores de lui, s'exclamait

J'ai déjà vu les Marocains, je vais donc
voir enfin tes Prussiens

Quand un train s'ébranlait vers la fron-
tiène, tous les partants, penches aux portiè-
res s'écriaient « Vive la France! tandis
que ceux qui restaient répondaient, en ami-
tant leurs mouchoirs et leurs coiffures ̃ «"
LientOt! Vive la patrie! »

Les employés de la gare apposèrent bien-
tôt de tous côtés l'affiche de suspension des
transports de voyageurs et de marchandises
sur les chemins de fer, et celle de démar-
ches, à faire par les -&oinrnes absents de
leur domicile. Ce né*TûTalbrs qu'un cri nna-

mine

C'est la mobilisation générale Partona
tous à la front'ère

Un seul incident se produisit ne femme
antimilitariste, manifestant contre la guer-
re, faillit être écharpée par les mères et lea
épouses des mobilisés. Elle ne dut son salut
qu'aux agents qui réussirent à la soustrai-
re à la foule ameutée pour la conduire au
commissariat spécial.

L'ordre le plus parfait régna toute la jour.
née à aucun moment la police n'eut à in-
tervenir.

R la gare du Nord

A la gare du Nord ce fut le même entrain,
le même enthousiasme, qui présida aux
nombreux départs de Parisiens rappeiés
dans leurs régiments à Arrae Amiens, Lille,
Duakerque, isaint-Quen-tin, Laon, etc.
La circulation devint bientôt difficile en
raison du retour d'une multitude de biï-
gneurs, dont les bagages encombraient les
quais.

Comme à la gare de FE-sl, les cama.rades
dc régiment, qui.se retrouvaient, se sau«
iaieni^au cou fraternellement, s'embras-
saient, puis décidaient de faire route ensem-
ble.

On y retourne cette fois pour de bon
disaient-ils gaiement On saura montrer
qu'on n'a pas oublié le maniement des
armes.

Partout, les mobilisée prirent les train*
En raison de l'énorme affluence, beaucoup
de ces trains subirent des retards. Dans leur
patriotiques impatience, les jeunes voya-
geurs priaient les chefs de convois de ne
pas les laisser se morfondre plus long-
temps dans les wagons.

Des groupes se formèrent de tous côtés,
aux abords des deux gares, prcxhes du Nord
et de l'Est, et les citovens assemblés n'inter-
rompaient la conversation que pour accla-
mer indifféremment soldats, officiers et gé-
néraux qui allaient sembarquer.

A partir de six heures, des manifestations
grandioses se succédèrent .sans interrup-
tion, aux environs de ces mêmes gares, yap-
pelant les débuts de l'épopée révolutionnai-
re, alors que, de même qu'aujourd'hui, la
patrie était en danger.

Des groupes de jeunes gens de dix-huit pt
de dix-neuf ans, arrivant de la petite et de
la grande banlieue, pour contracter des en-
gagements volontaires, marchèrnnt, précé-
dés du drapeau tricolore, au chant de Afo«-
rir pour la Palrie!

A Leur approche, toutes les têtes se .]e-
couvrirent et bien des yeux se mouillèrent.
Bravo acclamait frénétiquement !a
foule enthousiasmée, délirante. Bravo les
gars et vive la France

Des colonnes de manifestants apparurent t
ensuite, encadrant des drapeaux français.
anglais et russes, chantant la Marseillaise,
acclamant l'armée.

Automobiles, fiacres, camions, s'arrê-
taient, et voyageurs, chauffeurs, cochers si*
découvraient, accompagnaient de leur voix
l'hymne national, et poursuivaient ensuite
leur route aux CI; mille fois répétées rie
I- Vive la France

Grossie des employa et des
nant de quitter le travail, la foule
encore plus compacte et les manifestations
patriotiques continuèrent alors sans inter.
ruption.

La plnpart des magasins d'alimentation
des environs durent fermer de bonne heure,


Transcription saved

extrait du journal "Le Petit Parisien" N° 13.791 Dimanche 2 Août 1914
"La France décrète la mobilisation générale".



Le Petit Parisien

La France décrète la mobilisation générale
L'ALLEMAGNE DÉCLARE LA GUERRE A LA RUSSIE


Column 1
La Situation

L'Allemagne a déclaré la guerre à la
Russie. Le sort en est jeté, et tous les ef-
forts de pacification tentés sont désor-
mais frappés de stérilité. La guerre géné-
rale apparaît maintenant à l'horizon im-
médiat de l'Europe.
Il importe de noter presque heure
par heure les événements qui se sont
succédé dans la journée d'hier avec une
poignante rapidité. On avait peine à se
reconnaître au milieu des informations
contradictoires qui survenaient de toutes
parts. Malheureusement, un coup de
théâtre a tout éclairci.

L'ultimatum allemand
à la Russie

On apprenait, au début de la matinée,
que deux démarches décisives avaient
eu lieu dans la soirée de vendredi.
1° D'un côté, le comte de Pourtalès,
ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pé-
tersbourg, avait reridu visite à M. Saso-
nof, ministre des Affaires étrangères de
Russie. Il lui apportait un véritable ulti-
matum, demandant à la Russie de démo-
biliser dans les douze heures.
2° D'autre part, M. de Schœn, ambas-
sadeur d'Allemagne, s'était rendu au quai
d'Orsay. Il annonçait à M. Viviani que
l'Allemagne voulait savoir dans un court
délai quelle attitude prendrait la France
en cas de guerre russo-allemande.
Ces deux démarches, connues dans
tous les milieux officiels, hier matin,
produisirent une émotion très conce-
vable.
Un conseil des ministres se tint à dix
heures, à l'Elysée, qui s'occupa de la
crise en suspens, au double point de vue
diplomatique et militaire.
Le conseil siégeait lorsque M. Viviani
fut prévenu que M. de Schœn désirait
avoir une audience au quai d'Orsay. Le
président du Conseil reçut presque aus-
sitôt l'ambassadeur d'Allemagne et s'en-
tretint près d'une heure avec lui après
quoi, il revint à l'Elysée.
D'après nos informations, M. de Schœn,
qui avait laissé entendre, la veille, que
Éon départ pourrait être imminent, ma-
nifesta moins de velléités belliqueuses.
Les conversations continuaient à Paris.
Elles continuaient également à Péters-
bourg.

La proposition anglaise

Au début de l'après-midi, sur la dé-
claration de plusieurs ministres, une
lueur d'espoir apparaissait. Du reste, de
toutes les capitales arrivaient des dépê-
ches plus rassurantes.

L'Angleterre avait accompli la démar-
che que nous avons indiquée hier soir
et qui avait lieu sur l'initiative du roi
Georges V. Cette démarche consistait à
demander à la Russie et à l'Autriche de
démobiliser conjointement, l'Allemagne
étant invitée à user de son influence à
Vienne. La Russie marquait l'esprit de
conciliation qu'elle n'avait cessé de ma-
nifester depuis le début de la crise, ac-
quiesçant volontiers au projet britanni-
que l'Autriche était moins hostile à
9'idée d'une médiation. Seule, l'Allema-
gne restait impénétrable.
Ce moment d'optimisme fut malheu-
reusement très bref. A quatre heures et
demi, les télégrammes annonçant la
mobilisation apparaissaient partout sur
les murs de Paris.
Quelle attitude prendrait l'Allemagne
L'ambassadeur impérial quitterait-il im-
médiatement la capitale ?
Le conseil des ministres s'était réuni
de nouveau à quatre heures. Il prolongea
sa séance au delà de six heures.


Les visites de M. de Sehœn


Entre temps, M. Viviani avait eu une
conférence avec M. de Schœn et l'am-
bassadeur d' Allemagne n'avait point an-
noncé la rupture.
A l'issue de cette seconde réunion, on
apprenait que l'ambassadeur d'Allema-
gne n'était pas parti dans l'après-midi,
contrairement aux bruits qui avaient
couru.
Il avait eu, dans l'après-midi, deux, en-
trevues avec le président du Conseil.
Le président du Conseil avait, une fois
encore, insisté auprès de l'ambassadeur,
pour lui faire remarquer que le gouver-
nement était toujours décidé à maintenir
la paix.
Il avait ajouté que l'Allemagne, ayant
mobilisé, le gouvernement français s'é-
tait vu dans la nécessité de prendre la
même mesure.
Mais, ajoutait-il, mobilisation ne veut
pas dire guerre. C'est d'ailleurs la phrase
même insérée dans la proclamation du
gouvernement au peuple français.
En terminant l'entretien, M. Viviani
avait donné à M. de Schoen deux preu-
ves de l'attitude pacifique de la
France :

1° Les Chambres, sans lesquelles le
gouvernement ne peut rien, n'ont pas
été convoquées

2° Les troupes françaises se tiennent,
non pas comme les troupes allemandes
au poteau-frontière, mais à huit kilomè-
tres en arrière.


column 2


En quittant le quai d'Orsay, M. de
Schœn se rendit à son ambassade, puis
il rendit visite à l'ambassadeur d'Autri-
che, le comte Szecsen.

La démarche de l'ambassadeur
d'Autriche-Hongrie

L'ambassadeur d'Autriche fit une assez
longue visite entre six et sept à M. Vi-
viani. D'après les indications que nous
avons recueillies, il aurait tenu un lan-
gage plutôt conciliant, et aurait admis la
possibilité pour l'Autriche d'accepter les
bons offices d'une tierce puissance vis-
à-vis de la Russie.
Cette démarche n'était pas l'un des
éléments les moins caractéristiques de la
soirée.
Ainsi, à l'heure où les plus graves me-
sures militaires étaient prises de toutes
parts, des négociations continuaient,
dont l'importance n'était pas douteuse.
Mais les personnes bien infor-
mées n'envisageaient qu'avec scepticis-
me les pourparlers qui se nouaient.
Elles croyaient savoir que l'Allemagne
voulait la guerre en dépit des affirma-
tions qu'elle avait émises pendant quel-
ques jours.

La déclaration de guerre
à la Russie

L'événement leur donnait raison, puis-
que, à onze heures, hier soir, on appre-
nait que l'Allemagne déclarait la guerre
à la Russie. Le ton de la presse alleman-
de et surtout de l'officieux Lokalanzeiger,
à l'égard du cabinet de Saint-Péters-
bourg, avait laissé prévoir hier matin
cette brusque attaque.
Ainsi l'Allemagne a pris devant le
monde, devant l'histoire, l'initiative de
la plus colossale conflagration dont on
ait noté le souvenir.

Le renfort anglais

Quel sera le rôle de l'Angleterre ?
Elle a multiplié ses efforts pour réta-
blir la paix. Elle n'y a pas réussi.
On peut être certain maintenant,
après les déclarations qu'elle a faites ces
jours-ci, qu'elle interviendra par les ar-
mes dans un conflit franco-allemand.
Non seulement elle a mobilisé sa flotte,
mais elle prépare un corps expédition-
naire sous les ordres du général French.
A L'AMBASSADE D'ALLEMAGNE
Tout l'après-midi et surtout depuis que
l'ordre de mobilisation générale a été affi-
ché, c'est, rue de LiIle; un incessant défilé
d'autos et de voitures. Nombre d'Allemands
se rendent à l'ambassade, pour s'occuper
des formalités de leur rapatriement. Pres-
que tous sont renvoyés au consulat géné-
ral, qui est au bout de la rue.
Rentré du ministère, vers 6 heures, M.
de Schœn en ressort un instant après. Son
visage est fermé, soucieux...
Son absence est, du reste, de courte du-
rée une dizaine de minutes après, il re-
vient en effet. Et toujours le défilé continue.
Ce sont des gens qui se dirigent vers la
gare d'Orsay, où l'affluence est énorme :
des Allemands qui viennent prendre des
nouvelles... Un service d'ordre discret est
organisé, et nulle manifestation n'a lieu.
Vers sept heures, nous pouvons joindre
un des attachés de l'ambassade, tandis
qu'une conférence se tient dans les bu-
reaux. Il nous fait cette déclaration
- Je ne crois pas que le départ de M. de
Schœn aura lieu cette nuit.

L'ALLEMAGNE
A MOBILISÉ
A NOTRE FRONTIÈRE


D'informations dignes de foi parve-
nues à Paris il résulte que l'état de « me-
nace de guerre », proclamé vendredi en
Allemagne, a permis au gouvernement
impérial de mobiliser en secret.
Dès hier, l'Allemagne a mobilisé six
classes de réservistes par appels indivi-
duels.
Les transports de concentration de
l'armée active ainsi portée au pied de
guerre sont déjà commencés.

Ils sont achevés ou la veille de l'être,
non seulement pour les corps d'armée de
couverture, mais encore pour le 7e
(Münster), le 11e (Cassel), le 18e (Franc-
fort).
A l'est de Thionville et Metz, cette con-
centration peut être évaluée dès aujour-
d'hui à 300.000 hommes au minimum.
Les avant-postes allemands ont par-
tout été portés sur la ligne frontière elle-
même.
Toutes les réquisitions sont achevées.
Quand l'Allemagne annoncera sa mo-
bilisation. cette mobilisation sera déjà
accomplie.
C'est pour parer à ce grave péril que
le gouvernement français a dû, hier
après-midi, proclamer à son tour la mo-
bilisation.

le Reichstag est convoqué
pour mardi

Berlin, 1er août.

Le Reichstag est convoqué pour mardi. Il
sera ouvert par l'empereur au palais royal,
et non pas au palais législatif.
Comme le Reichstag n'a pas voix au cha-
pitre pour décider la guerre ou la paix, il ne
se réunira que pour recevoir l'annonce offi-
cielle de la décision du kaiser et du conseil
fédéral et, si c'est nécessaire, pour voter les
crédits de guerre.


column 3


UNE PROCLAMATION DU GOUVERNEMENT
A la Nation française
Depuis quelques jours, l'état de l'Europe s'est considérablement aggravé,
en dépit des efforts de la diplomatie. L'horizon s'est assombri.
A l'heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces. Même
des pays protégés par la neutralité ont cru devoir prendre cette mesure de pré-
caution.

Des puissances, dont la législation constitutionnelle ou militaire ne ressem-
blent pas à la nôtre,, ont, sans avoir pris un décret de mobilisation, commencé
à à poursuivre des préparatifs qui équivalent en réalité à la mobilisation même
et qui n'en sont que l'exécution anticipée.
La France, qui a toujours affirmé ses volontés pacifiques, qui a, dans des
jours tragiques donné à l'Europe des conseils de modération et un vivant exem-
ple de sagesse, qui a multiplié ses efforfs pour maintenir la paix du monde s'est
elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris dès maintenant les premiè-
res dispositions indispensables à la sauvegarde de son territoire.
Mais notre législation ne permet pas de rendre ces préparatifs complets s'il
n'intervient pas un décret de mobilisation.

Soucieux de sa responsabilité, sentant qu'il manquerait à un devoir sacré
s'il laissait la chose en l'état, le gouvernement vient de prendre le décret qu'im-
pose la situation.

La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle ap-
paraît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur.
Fort dans son ardent désir d'aboutir à une solution pacifique de la crise, le gou-
vernement, à l'abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplo-
matiques et il espère encore réussir. Il compte sur le sang-froid de cette noble
nation pour qu'elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée. Il compte
sur le patriotisme de tous les Français et sait qu'il n'en est pas un seul qui ne
soit prêt à faire son devoir.

A cette heure, il n'y a plus de partis, il y a la France éternelle, la France
pacifique et résolue. Il y a la Patrie du droit et de la justice tout entière unie
dans le calme, la vigilance et la dignité.

Le Président de la République RAYMOND POINCARÉ
Par le Président de la République,

Le président du Conseil des ministres, ministres des Affaires étrannères
̃' René VIVIANI

Tous les autres ministres ont signé également dans l'ordre protocolaire.

La déclaration du gnorro
La déclaration de guerre de l'Allema-
gne à la Russie a été connue hier, au
quai d'Orsay, vers onze heures du soir.
A la même heure, l'ambassade de Rus-
sie recevait un télégramme de Péters-
bourg, et nous obtenons d'elle la confir-
mation de la nouvelle que nous avions
déjà.

C'est à sept heures et demie exactement
que le gouvernement russe était avisé de
l'ouverture des hostilités.

La mobilisation russe

Saint-Pétersbourg, 1™ aoùt.

A partir de six heures du matin, dans
tous les bureaux de mobilisation, un travail
intense a conunencé: Des foules considéra-
bles de réservistes arrivaient sans cesse,
accompagnées de leurs femmes et de leurs
parents. Fous étaient animés du plus grand
enthousiasme on ne remarquait aucune
note discordante.

Tous étaient joyeux, alertes et vibraient
d'un patriotisme ardent.

A onze heures, dans la plupart des bu-
reaux, le travail était terminé. Les réservis-
tes, par groupes de plusieurs centaines
d'hommes chacun, se sont rendus dans les
locaux préparés par la municipalité ou ont
été répartis dans les régiments de la capi-
tale.

La population acclame chaleureusement
les réservistes et les salue du haut des
fenêtres et des balcons. Dans les nies, on
leur serre la main et on les embrasse.
L'état d'esprit des masses ouvrières est
également excellent. Dans beaucoup de fa-

ARMÉE DE TERRE ET ARMEE DE MER
ORDRE

DE MOBILISATION GÉNÉRALE
Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de
terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et
harnais nécessaires au complément de ces armées.

Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.
Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être
puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du FASCICULE DE
MOBILISATION (pages coloriées placées dans son livret).

Sont visés par le présent ordre tous les hommes non présents sous les dra-
peaux et appartenant:

1° à l'ARMÉE DE TERRE y compris les troupes coloniales et les hommes des
services auxiliaires.

à l'ARMÉE DE MER y compris les inscrits maritimes et les armuriers
de la Marine.

Les autorités civiles et militaires sont responsables de l'exécution du présent décret
Le monstre de la Guerre Le ministre de la Marine

briques et d'usines, les ouvriers ont déclaré
qu'ils ne pouvaient pas truvailler un jour
pareil et sont allés conduire aux bureaux de
mobilisation ceux de leurs camarades qui
avaient été convoqués. De ce fait, un grand
nombre de' fabriques, principalement des
quartiers de Viborg et de la Neva, ont du
chômer.

La France respectera

la neutralité belge.

à moins que celle-ci ne soit violée
Bruxelles, 1" août.

M. Klobukowsky, ministre de France à
Bruxelles, a eu un entretien avec M. Davi-
gnon, ministre des Affaires étrangères de
Belgique, auquel il a dit qu'il était autorisé
à déclarer que conformément d'ailleurs à ses
déclarations antérieures, le gouvernement
de la République français respectera La
neutralité de la Belgique en cas de conflit
international. Seulement, dans 1 hypothèse
où la neutralité de la Belgique ne serait pas
respectée par une autre puissance, ]e gou-
vernement français examinerait quelles me-
sures il conviendrait de prendre dans l'in-
térêt de sa propre défense.

Eehec autrichien près de Belgrad
Nisch, 1er août.

Les Autrichiens ont éprouvé un échec en
tentant de passer la Save et le Danube, non
loin de Belgrade, près du village d'Ichmitza.
Le {eu des batteries serbes, bien dirigé,
leur a tnfligé de grosses perte.s, d la suite
desquelles leur colonne s'est retirée.
C'est après cet échec que Belgrade a été
bombardée pour la troisième lois.

Le Japon et ses devoirs

Londres, ler août

Le correspondant du Times à Tokio a in-
terviewé le baron Kato, ministre des Affai-
res étrangères, qui lui a dit

«Si malheureusement les hostilités écla-
taient entre l'Angleterre et d'autres puis-
sances, nous sommes prêts à faire ce àquoi
nous oblige notre allliance. J'espère sincè-
rement que rien n'arrivera dans cette par-
tie du monde, mais, si nos alliés sont en- i
tramés dans une guerre, il faudra faire
notre devoir. »

Comment les Parisiens
accueillirent

l'ordre de mobilisation
La première affiche une affiche manus-
crite portant l'ordre de mobilisation fut ap-
posée, à quatre heures, sur le grand portait
de l'état-major des pompiers, boulevard du
Palais. Ecrite à la main sur un petit carre
de papier blanc, elle contenait ces simples
Ministère de la Guerre

MiDRË DE MOMUSATIOX

Extrême urgence

Premier jour de la mobilisation Dimanche
2 août

A cette lecture, quelqu'un s'écria

Vive la France

Et aussitôt la foule se précipita vers l'affi-
che et la nouvelle passa de bouche en bou-
che, accueillie avec une profonde émotion.
Presque au même instant, une affiche
semblable était apposée rue du Château-
d'Eau. à gauche de la petite porte des pom-
piers. Là, les passants crurent tout d'abord
à une plaisanterie ils ne pouvaient s'ima-
giner que ce petit morceau de papier, sans
aucun caractère officiel apparent, put être
authentique.

On dit C'est une fumisterie et l'on
déchira l'affiche. Alors le chef de poste in-
tervint.

Cest un ordre officiel déclara-t-il. Une
nouvelle affiche manuscrite, rédigée en hâte,
remplaça bientôt la premiçre. Et cette fois
deux sapeurs-pompiers, baïonnette au ca-
non, montèrent la garde, auprès d'elte.
Alors la foule eut un moment de stupeur
et bientôt l'enthousiasme fsclata de toute
part.

Eh bien, s'il faut partir, qu'on en fi-
nisse une bonne fois, dit un vieil ouvriers.
Et il exprimait par là le sentiment géné-
ral qui était plutôt un sentiment de détente
après l'ansiété fébrile de ces jours derniers.
Ce fat ensuite, dans bureaux de peste
du centre que la mobilisation fut annoncée
par un petit télégramme jaune ainsi conçu
OFFICIEL

Le premier jour de 1a mobilisation est le
dirnanche deux août.

Déjà, à côté de chaquQ boite aux lettres,
l'administration des postes avait fait placer
l'imprimé suivant

Avis relatif a la manière d'adresser les lettres
destinées aux militaires et au retard à prévoir
dans 1 acheminement des correspondances civiles
pendant la durée de la guerre

Les correspondances adressées aux militaires
pendant toute la durée de la guerre doivent tou-
jours porter un lieu de destination.

Pour connaître ce lieu de destination, le public
est prié de consulter l'affiche spéciale du minis-
tère. de la Guerre apposée dans les mairies et
dans les bureaux de poste.

D'autre part, de profondes modifications ayant
été apportées à la marche des trains affectés au
service postal, des retards très appréciables sont
il prévoir dans les transmissions de correspon-
dances, Pt particulièrement dans les relations
avec tes départements frontières et avec l'étran-
ger.

Cette autre affiche avait été prise par
beaucoup pour l'ordre de mobilisation lui-
mérnp et partout elle suscitait de nombreux
commentaires.

Bientôt, les éditions snéciales des jour-
naux parurent. Mais déjà la nouvelle s'était
répandue partout comme une traînée de
poudre.

Les grands boulevards avaient pris leur
physionomie des journées les plus animées.
Des groupes se formaient, commentant l'or-
dre bref du gouvernement, et une cordiale
fraternité s'établissait entre passauts.
Chacun donnait son appréciation ou for-
mulait ses vues sur les conséquences de la
mesure prise. Mais le sentiment qui domi-
nait la foule était la confiance absolue dans
l'avenir et il semblait que l'ordre de mobili-
sation faisait disparaître le malaise qui pe-
sait sur la population, par suite de l'incerti-
tude dans .laquelle on vivait à Paris depuis
huit jours.

Au moins, maintenant, nous savons à
quoi nous en tenir.

Telle était la phrase qui résumait la pen-
sée de tous.

L'arrivée des journaux du soir confirma
ce que chacun savait déjà, car la nouvelle
attendue s'était propagée avec rapidité dans
tous les quartiers. La sortie des ateliers et
des usines ne donna lieu il aucun incident,
dans le centre de Paris, ouvriers et ouvriè-
res, commis et employés connaissant l'ordre
militaire qui rappelle les citoyens sous les
drapeaut.

De cinq à sept heures, des jeunes gens,
précédés de drapeaux français, russes et
anglais, se formèrent en bandes de cinq
cents à mille personnes et parcoururent les
boulevards en chantant la Marseillaise. Des
cyclistes précédaient ces cortèges, que la
foule acclamait. Les spectateurs saluaient j
les drapeaux et la jeunesse qui, demain,
pourra être appelée à combattre pour la pa-
trie.

Dans certains cafés, les orchestres se mi-
rent à jouer des airs patriotiques, que les
consommateurs reprenaient en choeur..
Et cet enthousiasme débordant dura plu- 1
sieui% heures.

Après quoi. chacun dut songer au départ
et se mit à faire sa valise. De nombreux ré-
servistes déjà, en prévision de ce qui devait
arriver, s'étaient munis des choses indispen-
sables chaussures, flanelles. rtc.

Ceux qui doivent rallier leur corps au-
jourd'hui,. à la première heure, s'efforcèrent (
de régler au mieux leurs affaires de famillp.
il y eut de longs adieux, de longues recom-
mandations et des larmes.
N'importe, l'impression générale était la
résignation optimiste aux décrets de la fata- j i
lité, le courage très calme et la confiance en ♦
l'avenir! T
Dans la soirée, on placardait des affiches r
de mobilisation imprimées, dont noua avons
reproduit le texte.

Le départ des mobilisés
M la gare de l'Est

ai gare de l'Edl et .ses abords surtout ont
présenté, ppndant toute La journée d'hier, une
animation inaccoutumée jusqu'à ce jour. Ii;
s'y passa des scènes inoubliables, inspirées
par le plus pur patriotisme.

Dès midi, des réservistes qui avaient reçu
le matin leur ordre d'appel individusl par la
arrivaient porteurs de mu-seites et de
jlSqiiets remplis de victuailles. Ils ^présen-
taient aux grilles de la garo, lesquelles
étaient fermés en partit' pour la facilité du
•service d^rfiFr.

Le! hommes rejoipiaf.t îenr corps sur [«*
lipnes de* Verdun, de Nancy et de Belfort,
entraient à gaut'b-r. landiti-qiie les voyageurs
pénétraient dai:s l-a cour pa,r la dernière
porte de droite.

Tous les mobilisés, accompagnés, les uns
de lenrs parents, d'autres de leurs femmes
rni d'amis, devaient faire leurs adieux avant
de franchir la grille.

Stoïques, les mères, les épouse, s'effor-
çaient de contenir leurs larmes. Aussi, bien
peu de séparations déchiranies se produisi-
renf. Quant ;ïu.y part-enfcs. presque tous sou-
riants et 'fiers, ils se groupaient traternelle-
ment dans la cour avant de se diriger vers
les salles d'attente. Ils se rendaient, en chan-
tant, vers les quais d'embarquement. Leur
enthousiasme fut indescriptible.

Les amis, restés derrière les grilles, leur
criaient

Et surtout, les frères, rapporlez-nous
nos pendules

Jusqu'à une heure avancée de la soirée,
tes mobilisés se présentèrent en masse, tou-
jours alortes, résolus et de bonne humeur.
Au fnr et à mesure que ]*heure avançait,
les adieux devenaient plus touchants. Après
avoir embrassé sa jeune femme, un des par-
tants, un colosse, revint sur ses pas pour
lui dire

Surtout, je te recommande de bien soi.
gne.r ma maman.

Un autre, ores de lui, s'exclamait

J'ai déjà vu les Marocains, je vais donc
voir enfin tes Prussiens

Quand un train s'ébranlait vers la fron-
tiène, tous les partants, penches aux portiè-
res s'écriaient « Vive la France! tandis
que ceux qui restaient répondaient, en ami-
tant leurs mouchoirs et leurs coiffures ̃ «"
LientOt! Vive la patrie! »

Les employés de la gare apposèrent bien-
tôt de tous côtés l'affiche de suspension des
transports de voyageurs et de marchandises
sur les chemins de fer, et celle de démar-
ches, à faire par les -&oinrnes absents de
leur domicile. Ce né*TûTalbrs qu'un cri nna-

mine

C'est la mobilisation générale Partona
tous à la front'ère

Un seul incident se produisit ne femme
antimilitariste, manifestant contre la guer-
re, faillit être écharpée par les mères et lea
épouses des mobilisés. Elle ne dut son salut
qu'aux agents qui réussirent à la soustrai-
re à la foule ameutée pour la conduire au
commissariat spécial.

L'ordre le plus parfait régna toute la jour.
née à aucun moment la police n'eut à in-
tervenir.

R la gare du Nord

A la gare du Nord ce fut le même entrain,
le même enthousiasme, qui présida aux
nombreux départs de Parisiens rappeiés
dans leurs régiments à Arrae Amiens, Lille,
Duakerque, isaint-Quen-tin, Laon, etc.
La circulation devint bientôt difficile en
raison du retour d'une multitude de biï-
gneurs, dont les bagages encombraient les
quais.

Comme à la gare de FE-sl, les cama.rades
dc régiment, qui.se retrouvaient, se sau«
iaieni^au cou fraternellement, s'embras-
saient, puis décidaient de faire route ensem-
ble.

On y retourne cette fois pour de bon
disaient-ils gaiement On saura montrer
qu'on n'a pas oublié le maniement des
armes.

Partout, les mobilisée prirent les train*
En raison de l'énorme affluence, beaucoup
de ces trains subirent des retards. Dans leur
patriotiques impatience, les jeunes voya-
geurs priaient les chefs de convois de ne
pas les laisser se morfondre plus long-
temps dans les wagons.

Des groupes se formèrent de tous côtés,
aux abords des deux gares, prcxhes du Nord
et de l'Est, et les citovens assemblés n'inter-
rompaient la conversation que pour accla-
mer indifféremment soldats, officiers et gé-
néraux qui allaient sembarquer.

A partir de six heures, des manifestations
grandioses se succédèrent .sans interrup-
tion, aux environs de ces mêmes gares, yap-
pelant les débuts de l'épopée révolutionnai-
re, alors que, de même qu'aujourd'hui, la
patrie était en danger.

Des groupes de jeunes gens de dix-huit pt
de dix-neuf ans, arrivant de la petite et de
la grande banlieue, pour contracter des en-
gagements volontaires, marchèrnnt, précé-
dés du drapeau tricolore, au chant de Afo«-
rir pour la Palrie!

A Leur approche, toutes les têtes se .]e-
couvrirent et bien des yeux se mouillèrent.
Bravo acclamait frénétiquement !a
foule enthousiasmée, délirante. Bravo les
gars et vive la France

Des colonnes de manifestants apparurent t
ensuite, encadrant des drapeaux français.
anglais et russes, chantant la Marseillaise,
acclamant l'armée.

Automobiles, fiacres, camions, s'arrê-
taient, et voyageurs, chauffeurs, cochers si*
découvraient, accompagnaient de leur voix
l'hymne national, et poursuivaient ensuite
leur route aux CI; mille fois répétées rie
I- Vive la France

Grossie des employa et des
nant de quitter le travail, la foule
encore plus compacte et les manifestations
patriotiques continuèrent alors sans inter.
ruption.

La plnpart des magasins d'alimentation
des environs durent fermer de bonne heure,



Transcription history
  • February 9, 2017 21:11:01 David Gadiou (FR)

    extrait du journal "Le Petit Parisien" N° 13.791 Dimanche 2 Août 1914
    "La France décrète la mobilisation générale".



    Le Petit Parisien

    La France décrète la mobilisation générale
    L'ALLEMAGNE DÉCLARE LA GUERRE A LA RUSSIE


    Column 1
    La Situation

    L'Allemagne a déclaré la guerre à la
    Russie. Le sort en est jeté, et tous les ef-
    forts de pacification tentés sont désor-
    mais frappés de stérilité. La guerre géné-
    rale apparaît maintenant à l'horizon im-
    médiat de l'Europe.
    Il importe de noter presque heure
    par heure les événements qui se sont
    succédé dans la journée d'hier avec une
    poignante rapidité. On avait peine à se
    reconnaître au milieu des informations
    contradictoires qui survenaient de toutes
    parts. Malheureusement, un coup de
    théâtre a tout éclairci.

    L'ultimatum allemand
    à la Russie

    On apprenait, au début de la matinée,
    que deux démarches décisives avaient
    eu lieu dans la soirée de vendredi.
    1° D'un côté, le comte de Pourtalès,
    ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pé-
    tersbourg, avait reridu visite à M. Saso-
    nof, ministre des Affaires étrangères de
    Russie. Il lui apportait un véritable ulti-
    matum, demandant à la Russie de démo-
    biliser dans les douze heures.
    2° D'autre part, M. de Schœn, ambas-
    sadeur d'Allemagne, s'était rendu au quai
    d'Orsay. Il annonçait à M. Viviani que
    l'Allemagne voulait savoir dans un court
    délai quelle attitude prendrait la France
    en cas de guerre russo-allemande.
    Ces deux démarches, connues dans
    tous les milieux officiels, hier matin,
    produisirent une émotion très conce-
    vable.
    Un conseil des ministres se tint à dix
    heures, à l'Elysée, qui s'occupa de la
    crise en suspens, au double point de vue
    diplomatique et militaire.
    Le conseil siégeait lorsque M. Viviani
    fut prévenu que M. de Schœn désirait
    avoir une audience au quai d'Orsay. Le
    président du Conseil reçut presque aus-
    sitôt l'ambassadeur d'Allemagne et s'en-
    tretint près d'une heure avec lui après
    quoi, il revint à l'Elysée.
    D'après nos informations, M. de Schœn,
    qui avait laissé entendre, la veille, que
    Éon départ pourrait être imminent, ma-
    nifesta moins de velléités belliqueuses.
    Les conversations continuaient à Paris.
    Elles continuaient également à Péters-
    bourg.

    La proposition anglaise

    Au début de l'après-midi, sur la dé-
    claration de plusieurs ministres, une
    lueur d'espoir apparaissait. Du reste, de
    toutes les capitales arrivaient des dépê-
    ches plus rassurantes.

    L'Angleterre avait accompli la démar-
    che que nous avons indiquée hier soir
    et qui avait lieu sur l'initiative du roi
    Georges V. Cette démarche consistait à
    demander à la Russie et à l'Autriche de
    démobiliser conjointement, l'Allemagne
    étant invitée à user de son influence à
    Vienne. La Russie marquait l'esprit de
    conciliation qu'elle n'avait cessé de ma-
    nifester depuis le début de la crise, ac-
    quiesçant volontiers au projet britanni-
    que l'Autriche était moins hostile à
    9'idée d'une médiation. Seule, l'Allema-
    gne restait impénétrable.
    Ce moment d'optimisme fut malheu-
    reusement très bref. A quatre heures et
    demi, les télégrammes annonçant la
    mobilisation apparaissaient partout sur
    les murs de Paris.
    Quelle attitude prendrait l'Allemagne
    L'ambassadeur impérial quitterait-il im-
    médiatement la capitale ?
    Le conseil des ministres s'était réuni
    de nouveau à quatre heures. Il prolongea
    sa séance au delà de six heures.


    Les visites de M. de Sehœn


    Entre temps, M. Viviani avait eu une
    conférence avec M. de Schœn et l'am-
    bassadeur d' Allemagne n'avait point an-
    noncé la rupture.
    A l'issue de cette seconde réunion, on
    apprenait que l'ambassadeur d'Allema-
    gne n'était pas parti dans l'après-midi,
    contrairement aux bruits qui avaient
    couru.
    Il avait eu, dans l'après-midi, deux, en-
    trevues avec le président du Conseil.
    Le président du Conseil avait, une fois
    encore, insisté auprès de l'ambassadeur,
    pour lui faire remarquer que le gouver-
    nement était toujours décidé à maintenir
    la paix.
    Il avait ajouté que l'Allemagne, ayant
    mobilisé, le gouvernement français s'é-
    tait vu dans la nécessité de prendre la
    même mesure.
    Mais, ajoutait-il, mobilisation ne veut
    pas dire guerre. C'est d'ailleurs la phrase
    même insérée dans la proclamation du
    gouvernement au peuple français.
    En terminant l'entretien, M. Viviani
    avait donné à M. de Schoen deux preu-
    ves de l'attitude pacifique de la
    France :

    1° Les Chambres, sans lesquelles le
    gouvernement ne peut rien, n'ont pas
    été convoquées

    2° Les troupes françaises se tiennent,
    non pas comme les troupes allemandes
    au poteau-frontière, mais à huit kilomè-
    tres en arrière.


    column 2


    En quittant le quai d'Orsay, M. de
    Schœn se rendit à son ambassade, puis
    il rendit visite à l'ambassadeur d'Autri-
    che, le comte Szecsen.

    La démarche de l'ambassadeur
    d'Autriche-Hongrie

    L'ambassadeur d'Autriche fit une assez
    longue visite entre six et sept à M. Vi-
    viani. D'après les indications que nous
    avons recueillies, il aurait tenu un lan-
    gage plutôt conciliant, et aurait admis la
    possibilité pour l'Autriche d'accepter les
    bons offices d'une tierce puissance vis-
    à-vis de la Russie.
    Cette démarche n'était pas l'un des
    éléments les moins caractéristiques de la
    soirée.
    Ainsi, à l'heure où les plus graves me-
    sures militaires étaient prises de toutes
    parts, des négociations continuaient,
    dont l'importance n'était pas douteuse.
    Mais les personnes bien infor-
    mées n'envisageaient qu'avec scepticis-
    me les pourparlers qui se nouaient.
    Elles croyaient savoir que l'Allemagne
    voulait la guerre en dépit des affirma-
    tions qu'elle avait émises pendant quel-
    ques jours.

    La déclaration de guerre
    à la Russie

    L'événement leur donnait raison, puis-
    que, à onze heures, hier soir, on appre-
    nait que l'Allemagne déclarait la guerre
    à la Russie. Le ton de la presse alleman-
    de et surtout de l'officieux Lokalanzeiger,
    à l'égard du cabinet de Saint-Péters-
    bourg, avait laissé prévoir hier matin
    cette brusque attaque.
    Ainsi l'Allemagne a pris devant le
    monde, devant l'histoire, l'initiative de
    la plus colossale conflagration dont on
    ait noté le souvenir.

    Le renfort anglais

    Quel sera le rôle de l'Angleterre ?
    Elle a multiplié ses efforts pour réta-
    blir la paix. Elle n'y a pas réussi.
    On peut être certain maintenant,
    après les déclarations qu'elle a faites ces
    jours-ci, qu'elle interviendra par les ar-
    mes dans un conflit franco-allemand.
    Non seulement elle a mobilisé sa flotte,
    mais elle prépare un corps expédition-
    naire sous les ordres du général French.
    A L'AMBASSADE D'ALLEMAGNE
    Tout l'après-midi et surtout depuis que
    l'ordre de mobilisation générale a été affi-
    ché, c'est, rue de LiIle; un incessant défilé
    d'autos et de voitures. Nombre d'Allemands
    se rendent à l'ambassade, pour s'occuper
    des formalités de leur rapatriement. Pres-
    que tous sont renvoyés au consulat géné-
    ral, qui est au bout de la rue.
    Rentré du ministère, vers 6 heures, M.
    de Schœn en ressort un instant après. Son
    visage est fermé, soucieux...
    Son absence est, du reste, de courte du-
    rée une dizaine de minutes après, il re-
    vient en effet. Et toujours le défilé continue.
    Ce sont des gens qui se dirigent vers la
    gare d'Orsay, où l'affluence est énorme :
    des Allemands qui viennent prendre des
    nouvelles... Un service d'ordre discret est
    organisé, et nulle manifestation n'a lieu.
    Vers sept heures, nous pouvons joindre
    un des attachés de l'ambassade, tandis
    qu'une conférence se tient dans les bu-
    reaux. Il nous fait cette déclaration
    - Je ne crois pas que le départ de M. de
    Schœn aura lieu cette nuit.

    L'ALLEMAGNE
    A MOBILISÉ
    A NOTRE FRONTIÈRE


    D'informations dignes de foi parve-
    nues à Paris il résulte que l'état de « me-
    nace de guerre », proclamé vendredi en
    Allemagne, a permis au gouvernement
    impérial de mobiliser en secret.
    Dès hier, l'Allemagne a mobilisé six
    classes de réservistes par appels indivi-
    duels.
    Les transports de concentration de
    l'armée active ainsi portée au pied de
    guerre sont déjà commencés.

    Ils sont achevés ou la veille de l'être,
    non seulement pour les corps d'armée de
    couverture, mais encore pour le 7e
    (Münster), le 11e (Cassel), le 18e (Franc-
    fort).
    A l'est de Thionville et Metz, cette con-
    centration peut être évaluée dès aujour-
    d'hui à 300.000 hommes au minimum.
    Les avant-postes allemands ont par-
    tout été portés sur la ligne frontière elle-
    même.
    Toutes les réquisitions sont achevées.
    Quand l'Allemagne annoncera sa mo-
    bilisation. cette mobilisation sera déjà
    accomplie.
    C'est pour parer à ce grave péril que
    le gouvernement français a dû, hier
    après-midi, proclamer à son tour la mo-
    bilisation.

    le Reichstag est convoqué
    pour mardi

    Berlin, 1er août.

    Le Reichstag est convoqué pour mardi. Il
    sera ouvert par l'empereur au palais royal,
    et non pas au palais législatif.
    Comme le Reichstag n'a pas voix au cha-
    pitre pour décider la guerre ou la paix, il ne
    se réunira que pour recevoir l'annonce offi-
    cielle de la décision du kaiser et du conseil
    fédéral et, si c'est nécessaire, pour voter les
    crédits de guerre.


    column 3


    UNE PROCLAMATION DU GOUVERNEMENT
    A la Nation française
    Depuis quelques jours, l'état de l'Europe s'est considérablement aggravé,
    en dépit des efforts de la diplomatie. L'horizon s'est assombri.
    A l'heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces. Même
    des pays protégés par la neutralité ont cru devoir prendre cette mesure de pré-
    caution.

    Des puissances, dont la législation constitutionnelle ou militaire ne ressem-
    blent pas à la nôtre,, ont, sans avoir pris un décret de mobilisation, commencé
    à à poursuivre des préparatifs qui équivalent en réalité à la mobilisation même
    et qui n'en sont que l'exécution anticipée.
    La France, qui a toujours affirmé ses volontés pacifiques, qui a, dans des
    jours tragiques donné à l'Europe des conseils de modération et un vivant exem-
    ple de sagesse, qui a multiplié ses efforfs pour maintenir la paix du monde s'est
    elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris dès maintenant les premiè-
    res dispositions indispensables à la sauvegarde de son territoire.
    Mais notre législation ne permet pas de rendre ces préparatifs complets s'il
    n'intervient pas un décret de mobilisation.

    Soucieux de sa responsabilité, sentant qu'il manquerait à un devoir sacré
    s'il laissait la chose en l'état, le gouvernement vient de prendre le décret qu'im-
    pose la situation.

    La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle ap-
    paraît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur.
    Fort dans son ardent désir d'aboutir à une solution pacifique de la crise, le gou-
    vernement, à l'abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplo-
    matiques et il espère encore réussir. Il compte sur le sang-froid de cette noble
    nation pour qu'elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée. Il compte
    sur le patriotisme de tous les Français et sait qu'il n'en est pas un seul qui ne
    soit prêt à faire son devoir.

    A cette heure, il n'y a plus de partis, il y a la France éternelle, la France
    pacifique et résolue. Il y a la Patrie du droit et de la justice tout entière unie
    dans le calme, la vigilance et la dignité.

    Le Président de la République RAYMOND POINCARÉ
    Par le Président de la République,

    Le président du Conseil des ministres, ministres des Affaires étrannères
    ̃' René VIVIANI

    Tous les autres ministres ont signé également dans l'ordre protocolaire.

    La déclaration du gnorro
    La déclaration de guerre de l'Allema-
    gne à la Russie a été connue hier, au
    quai d'Orsay, vers onze heures du soir.
    A la même heure, l'ambassade de Rus-
    sie recevait un télégramme de Péters-
    bourg, et nous obtenons d'elle la confir-
    mation de la nouvelle que nous avions
    déjà.

    C'est à sept heures et demie exactement
    que le gouvernement russe était avisé de
    l'ouverture des hostilités.

    La mobilisation russe

    Saint-Pétersbourg, 1™ aoùt.

    A partir de six heures du matin, dans
    tous les bureaux de mobilisation, un travail
    intense a conunencé: Des foules considéra-
    bles de réservistes arrivaient sans cesse,
    accompagnées de leurs femmes et de leurs
    parents. Fous étaient animés du plus grand
    enthousiasme on ne remarquait aucune
    note discordante.

    Tous étaient joyeux, alertes et vibraient
    d'un patriotisme ardent.

    A onze heures, dans la plupart des bu-
    reaux, le travail était terminé. Les réservis-
    tes, par groupes de plusieurs centaines
    d'hommes chacun, se sont rendus dans les
    locaux préparés par la municipalité ou ont
    été répartis dans les régiments de la capi-
    tale.

    La population acclame chaleureusement
    les réservistes et les salue du haut des
    fenêtres et des balcons. Dans les nies, on
    leur serre la main et on les embrasse.
    L'état d'esprit des masses ouvrières est
    également excellent. Dans beaucoup de fa-

    ARMÉE DE TERRE ET ARMEE DE MER
    ORDRE

    DE MOBILISATION GÉNÉRALE
    Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de
    terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et
    harnais nécessaires au complément de ces armées.

    Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.
    Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être
    puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du FASCICULE DE
    MOBILISATION (pages coloriées placées dans son livret).

    Sont visés par le présent ordre tous les hommes non présents sous les dra-
    peaux et appartenant:

    1° à l'ARMÉE DE TERRE y compris les troupes coloniales et les hommes des
    services auxiliaires.

    à l'ARMÉE DE MER y compris les inscrits maritimes et les armuriers
    de la Marine.

    Les autorités civiles et militaires sont responsables de l'exécution du présent décret
    Le monstre de la Guerre Le ministre de la Marine

    briques et d'usines, les ouvriers ont déclaré
    qu'ils ne pouvaient pas truvailler un jour
    pareil et sont allés conduire aux bureaux de
    mobilisation ceux de leurs camarades qui
    avaient été convoqués. De ce fait, un grand
    nombre de' fabriques, principalement des
    quartiers de Viborg et de la Neva, ont du
    chômer.

    La France respectera

    la neutralité belge.

    à moins que celle-ci ne soit violée
    Bruxelles, 1" août.

    M. Klobukowsky, ministre de France à
    Bruxelles, a eu un entretien avec M. Davi-
    gnon, ministre des Affaires étrangères de
    Belgique, auquel il a dit qu'il était autorisé
    à déclarer que conformément d'ailleurs à ses
    déclarations antérieures, le gouvernement
    de la République français respectera La
    neutralité de la Belgique en cas de conflit
    international. Seulement, dans 1 hypothèse
    où la neutralité de la Belgique ne serait pas
    respectée par une autre puissance, ]e gou-
    vernement français examinerait quelles me-
    sures il conviendrait de prendre dans l'in-
    térêt de sa propre défense.

    Eehec autrichien près de Belgrad
    Nisch, 1er août.

    Les Autrichiens ont éprouvé un échec en
    tentant de passer la Save et le Danube, non
    loin de Belgrade, près du village d'Ichmitza.
    Le {eu des batteries serbes, bien dirigé,
    leur a tnfligé de grosses perte.s, d la suite
    desquelles leur colonne s'est retirée.
    C'est après cet échec que Belgrade a été
    bombardée pour la troisième lois.

    Le Japon et ses devoirs

    Londres, ler août

    Le correspondant du Times à Tokio a in-
    terviewé le baron Kato, ministre des Affai-
    res étrangères, qui lui a dit

    «Si malheureusement les hostilités écla-
    taient entre l'Angleterre et d'autres puis-
    sances, nous sommes prêts à faire ce àquoi
    nous oblige notre allliance. J'espère sincè-
    rement que rien n'arrivera dans cette par-
    tie du monde, mais, si nos alliés sont en- i
    tramés dans une guerre, il faudra faire
    notre devoir. »

    Comment les Parisiens
    accueillirent

    l'ordre de mobilisation
    La première affiche une affiche manus-
    crite portant l'ordre de mobilisation fut ap-
    posée, à quatre heures, sur le grand portait
    de l'état-major des pompiers, boulevard du
    Palais. Ecrite à la main sur un petit carre
    de papier blanc, elle contenait ces simples
    Ministère de la Guerre

    MiDRË DE MOMUSATIOX

    Extrême urgence

    Premier jour de la mobilisation Dimanche
    2 août

    A cette lecture, quelqu'un s'écria

    Vive la France

    Et aussitôt la foule se précipita vers l'affi-
    che et la nouvelle passa de bouche en bou-
    che, accueillie avec une profonde émotion.
    Presque au même instant, une affiche
    semblable était apposée rue du Château-
    d'Eau. à gauche de la petite porte des pom-
    piers. Là, les passants crurent tout d'abord
    à une plaisanterie ils ne pouvaient s'ima-
    giner que ce petit morceau de papier, sans
    aucun caractère officiel apparent, put être
    authentique.

    On dit C'est une fumisterie et l'on
    déchira l'affiche. Alors le chef de poste in-
    tervint.

    Cest un ordre officiel déclara-t-il. Une
    nouvelle affiche manuscrite, rédigée en hâte,
    remplaça bientôt la premiçre. Et cette fois
    deux sapeurs-pompiers, baïonnette au ca-
    non, montèrent la garde, auprès d'elte.
    Alors la foule eut un moment de stupeur
    et bientôt l'enthousiasme fsclata de toute
    part.

    Eh bien, s'il faut partir, qu'on en fi-
    nisse une bonne fois, dit un vieil ouvriers.
    Et il exprimait par là le sentiment géné-
    ral qui était plutôt un sentiment de détente
    après l'ansiété fébrile de ces jours derniers.
    Ce fat ensuite, dans bureaux de peste
    du centre que la mobilisation fut annoncée
    par un petit télégramme jaune ainsi conçu
    OFFICIEL

    Le premier jour de 1a mobilisation est le
    dirnanche deux août.

    Déjà, à côté de chaquQ boite aux lettres,
    l'administration des postes avait fait placer
    l'imprimé suivant

    Avis relatif a la manière d'adresser les lettres
    destinées aux militaires et au retard à prévoir
    dans 1 acheminement des correspondances civiles
    pendant la durée de la guerre

    Les correspondances adressées aux militaires
    pendant toute la durée de la guerre doivent tou-
    jours porter un lieu de destination.

    Pour connaître ce lieu de destination, le public
    est prié de consulter l'affiche spéciale du minis-
    tère. de la Guerre apposée dans les mairies et
    dans les bureaux de poste.

    D'autre part, de profondes modifications ayant
    été apportées à la marche des trains affectés au
    service postal, des retards très appréciables sont
    il prévoir dans les transmissions de correspon-
    dances, Pt particulièrement dans les relations
    avec tes départements frontières et avec l'étran-
    ger.

    Cette autre affiche avait été prise par
    beaucoup pour l'ordre de mobilisation lui-
    mérnp et partout elle suscitait de nombreux
    commentaires.

    Bientôt, les éditions snéciales des jour-
    naux parurent. Mais déjà la nouvelle s'était
    répandue partout comme une traînée de
    poudre.

    Les grands boulevards avaient pris leur
    physionomie des journées les plus animées.
    Des groupes se formaient, commentant l'or-
    dre bref du gouvernement, et une cordiale
    fraternité s'établissait entre passauts.
    Chacun donnait son appréciation ou for-
    mulait ses vues sur les conséquences de la
    mesure prise. Mais le sentiment qui domi-
    nait la foule était la confiance absolue dans
    l'avenir et il semblait que l'ordre de mobili-
    sation faisait disparaître le malaise qui pe-
    sait sur la population, par suite de l'incerti-
    tude dans .laquelle on vivait à Paris depuis
    huit jours.

    Au moins, maintenant, nous savons à
    quoi nous en tenir.

    Telle était la phrase qui résumait la pen-
    sée de tous.

    L'arrivée des journaux du soir confirma
    ce que chacun savait déjà, car la nouvelle
    attendue s'était propagée avec rapidité dans
    tous les quartiers. La sortie des ateliers et
    des usines ne donna lieu il aucun incident,
    dans le centre de Paris, ouvriers et ouvriè-
    res, commis et employés connaissant l'ordre
    militaire qui rappelle les citoyens sous les
    drapeaut.

    De cinq à sept heures, des jeunes gens,
    précédés de drapeaux français, russes et
    anglais, se formèrent en bandes de cinq
    cents à mille personnes et parcoururent les
    boulevards en chantant la Marseillaise. Des
    cyclistes précédaient ces cortèges, que la
    foule acclamait. Les spectateurs saluaient j
    les drapeaux et la jeunesse qui, demain,
    pourra être appelée à combattre pour la pa-
    trie.

    Dans certains cafés, les orchestres se mi-
    rent à jouer des airs patriotiques, que les
    consommateurs reprenaient en choeur..
    Et cet enthousiasme débordant dura plu- 1
    sieui% heures.

    Après quoi. chacun dut songer au départ
    et se mit à faire sa valise. De nombreux ré-
    servistes déjà, en prévision de ce qui devait
    arriver, s'étaient munis des choses indispen-
    sables chaussures, flanelles. rtc.

    Ceux qui doivent rallier leur corps au-
    jourd'hui,. à la première heure, s'efforcèrent (
    de régler au mieux leurs affaires de famillp.
    il y eut de longs adieux, de longues recom-
    mandations et des larmes.
    N'importe, l'impression générale était la
    résignation optimiste aux décrets de la fata- j i
    lité, le courage très calme et la confiance en ♦
    l'avenir! T
    Dans la soirée, on placardait des affiches r
    de mobilisation imprimées, dont noua avons
    reproduit le texte.

    Le départ des mobilisés
    M la gare de l'Est

    ai gare de l'Edl et .ses abords surtout ont
    présenté, ppndant toute La journée d'hier, une
    animation inaccoutumée jusqu'à ce jour. Ii;
    s'y passa des scènes inoubliables, inspirées
    par le plus pur patriotisme.

    Dès midi, des réservistes qui avaient reçu
    le matin leur ordre d'appel individusl par la
    arrivaient porteurs de mu-seites et de
    jlSqiiets remplis de victuailles. Ils ^présen-
    taient aux grilles de la garo, lesquelles
    étaient fermés en partit' pour la facilité du
    •service d^rfiFr.

    Le! hommes rejoipiaf.t îenr corps sur [«*
    lipnes de* Verdun, de Nancy et de Belfort,
    entraient à gaut'b-r. landiti-qiie les voyageurs
    pénétraient dai:s l-a cour pa,r la dernière
    porte de droite.

    Tous les mobilisés, accompagnés, les uns
    de lenrs parents, d'autres de leurs femmes
    rni d'amis, devaient faire leurs adieux avant
    de franchir la grille.

    Stoïques, les mères, les épouse, s'effor-
    çaient de contenir leurs larmes. Aussi, bien
    peu de séparations déchiranies se produisi-
    renf. Quant ;ïu.y part-enfcs. presque tous sou-
    riants et 'fiers, ils se groupaient traternelle-
    ment dans la cour avant de se diriger vers
    les salles d'attente. Ils se rendaient, en chan-
    tant, vers les quais d'embarquement. Leur
    enthousiasme fut indescriptible.

    Les amis, restés derrière les grilles, leur
    criaient

    Et surtout, les frères, rapporlez-nous
    nos pendules

    Jusqu'à une heure avancée de la soirée,
    tes mobilisés se présentèrent en masse, tou-
    jours alortes, résolus et de bonne humeur.
    Au fnr et à mesure que ]*heure avançait,
    les adieux devenaient plus touchants. Après
    avoir embrassé sa jeune femme, un des par-
    tants, un colosse, revint sur ses pas pour
    lui dire

    Surtout, je te recommande de bien soi.
    gne.r ma maman.

    Un autre, ores de lui, s'exclamait

    J'ai déjà vu les Marocains, je vais donc
    voir enfin tes Prussiens

    Quand un train s'ébranlait vers la fron-
    tiène, tous les partants, penches aux portiè-
    res s'écriaient « Vive la France! tandis
    que ceux qui restaient répondaient, en ami-
    tant leurs mouchoirs et leurs coiffures ̃ «"
    LientOt! Vive la patrie! »

    Les employés de la gare apposèrent bien-
    tôt de tous côtés l'affiche de suspension des
    transports de voyageurs et de marchandises
    sur les chemins de fer, et celle de démar-
    ches, à faire par les -&oinrnes absents de
    leur domicile. Ce né*TûTalbrs qu'un cri nna-

    mine

    C'est la mobilisation générale Partona
    tous à la front'ère

    Un seul incident se produisit ne femme
    antimilitariste, manifestant contre la guer-
    re, faillit être écharpée par les mères et lea
    épouses des mobilisés. Elle ne dut son salut
    qu'aux agents qui réussirent à la soustrai-
    re à la foule ameutée pour la conduire au
    commissariat spécial.

    L'ordre le plus parfait régna toute la jour.
    née à aucun moment la police n'eut à in-
    tervenir.

    R la gare du Nord

    A la gare du Nord ce fut le même entrain,
    le même enthousiasme, qui présida aux
    nombreux départs de Parisiens rappeiés
    dans leurs régiments à Arrae Amiens, Lille,
    Duakerque, isaint-Quen-tin, Laon, etc.
    La circulation devint bientôt difficile en
    raison du retour d'une multitude de biï-
    gneurs, dont les bagages encombraient les
    quais.

    Comme à la gare de FE-sl, les cama.rades
    dc régiment, qui.se retrouvaient, se sau«
    iaieni^au cou fraternellement, s'embras-
    saient, puis décidaient de faire route ensem-
    ble.

    On y retourne cette fois pour de bon
    disaient-ils gaiement On saura montrer
    qu'on n'a pas oublié le maniement des
    armes.

    Partout, les mobilisée prirent les train*
    En raison de l'énorme affluence, beaucoup
    de ces trains subirent des retards. Dans leur
    patriotiques impatience, les jeunes voya-
    geurs priaient les chefs de convois de ne
    pas les laisser se morfondre plus long-
    temps dans les wagons.

    Des groupes se formèrent de tous côtés,
    aux abords des deux gares, prcxhes du Nord
    et de l'Est, et les citovens assemblés n'inter-
    rompaient la conversation que pour accla-
    mer indifféremment soldats, officiers et gé-
    néraux qui allaient sembarquer.

    A partir de six heures, des manifestations
    grandioses se succédèrent .sans interrup-
    tion, aux environs de ces mêmes gares, yap-
    pelant les débuts de l'épopée révolutionnai-
    re, alors que, de même qu'aujourd'hui, la
    patrie était en danger.

    Des groupes de jeunes gens de dix-huit pt
    de dix-neuf ans, arrivant de la petite et de
    la grande banlieue, pour contracter des en-
    gagements volontaires, marchèrnnt, précé-
    dés du drapeau tricolore, au chant de Afo«-
    rir pour la Palrie!

    A Leur approche, toutes les têtes se .]e-
    couvrirent et bien des yeux se mouillèrent.
    Bravo acclamait frénétiquement !a
    foule enthousiasmée, délirante. Bravo les
    gars et vive la France

    Des colonnes de manifestants apparurent t
    ensuite, encadrant des drapeaux français.
    anglais et russes, chantant la Marseillaise,
    acclamant l'armée.

    Automobiles, fiacres, camions, s'arrê-
    taient, et voyageurs, chauffeurs, cochers si*
    découvraient, accompagnaient de leur voix
    l'hymne national, et poursuivaient ensuite
    leur route aux CI; mille fois répétées rie
    I- Vive la France

    Grossie des employa et des
    nant de quitter le travail, la foule
    encore plus compacte et les manifestations
    patriotiques continuèrent alors sans inter.
    ruption.

    La plnpart des magasins d'alimentation
    des environs durent fermer de bonne heure,


  • February 9, 2017 21:04:08 David Gadiou (FR)

    extrait du journal "Le Petit Parisien" N° 13.791 Dimanche 2 Août 1914
    "La France décrète la mobilisation générale".



    Le Petit Parisien

    La France décrète la mobilisation générale
    L'ALLEMAGNE DÉCLARE LA GUERRE A LA RUSSIE


    Column 1
    La Situation

    L'Allemagne a déclaré la guerre à la
    Russie. Le sort en est jeté, et tous les ef-
    forts de pacification tentés sont désor-
    mais frappés de stérilité. La guerre géné-
    rale apparaît maintenant à l'horizon im-
    médiat de l'Europe.
    Il importe de noter presque heure
    par heure les événements qui se sont
    succédé dans la journée d'hier avec une
    poignante rapidité. On avait peine à se
    reconnaître au milieu des informations
    contradictoires qui survenaient de toutes
    parts. Malheureusement, un coup de
    théâtre a tout éclairci.

    L'ultimatum allemand
    à la Russie

    On apprenait, au début de la matinée,
    que deux démarches décisives avaient
    eu lieu dans la soirée de vendredi.
    1° D'un côté, le comte de Pourtalès,
    ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pé-
    tersbourg, avait reridu visite à M. Saso-
    nof, ministre des Affaires étrangères de
    Russie. Il lui apportait un véritable ulti-
    matum, demandant à la Russie de démo-
    biliser dans les douze heures.
    2° D'autre part, M. de Schœn, ambas-
    sadeur d'Allemagne, s'était rendu au quai
    d'Orsay. Il annonçait à M. Viviani que
    l'Allemagne voulait savoir dans un court
    délai quelle attitude prendrait la France
    en cas de guerre russo-allemande.
    Ces deux démarches, connues dans
    tous les milieux officiels, hier matin,
    produisirent une émotion très conce-
    vable.
    Un conseil des ministres se tint à dix
    heures, à l'Elysée, qui s'occupa de la
    crise en suspens, au double point de vue
    diplomatique et militaire.
    Le conseil siégeait lorsque M. Viviani
    fut prévenu que M. de Schœn désirait
    avoir une audience au quai d'Orsay. Le
    président du Conseil reçut presque aus-
    sitôt l'ambassadeur d'Allemagne et s'en-
    tretint près d'une heure avec lui après
    quoi, il revint à l'Elysée.
    D'après nos informations, M. de Schœn,
    qui avait laissé entendre, la veille, que
    Éon départ pourrait être imminent, ma-
    nifesta moins de velléités belliqueuses.
    Les conversations continuaient à Paris.
    Elles continuaient également à Péters-
    bourg.

    La proposition anglaise

    Au début de l'après-midi, sur la dé-
    claration de plusieurs ministres, une
    lueur d'espoir apparaissait. Du reste, de
    toutes les capitales arrivaient des dépê-
    ches plus rassurantes.

    L'Angleterre avait accompli la démar-
    che que nous avons indiquée hier soir
    et qui avait lieu sur l'initiative du roi
    Georges V. Cette démarche consistait à
    demander à la Russie et à l'Autriche de
    démobiliser conjointement, l'Allemagne
    étant invitée à user de son influence à
    Vienne. La Russie marquait l'esprit de
    conciliation qu'elle n'avait cessé de ma-
    nifester depuis le début de la crise, ac-
    quiesçant volontiers au projet britanni-
    que l'Autriche était moins hostile à
    9'idée d'une médiation. Seule, l'Allema-
    gne restait impénétrable.
    Ce moment d'optimisme fut malheu-
    reusement très bref. A quatre heures et
    demi, les télégrammes annonçant la
    mobilisation apparaissaient partout sur
    les murs de Paris.
    Quelle attitude prendrait l'Allemagne
    L'ambassadeur impérial quitterait-il im-
    médiatement la capitale ?
    Le conseil des ministres s'était réuni
    de nouveau à quatre heures. Il prolongea
    sa séance au delà de six heures.


    Les visites de M. de Sehœn


    Entre temps, M. Viviani avait eu une
    conférence avec M. de Schœn et l'am-
    bassadeur d' Allemagne n'avait point an-
    noncé la rupture.
    A l'issue de cette seconde réunion, on
    apprenait que l'ambassadeur d'Allema-
    gne n'était pas parti dans l'après-midi,
    contrairement aux bruits qui avaient
    couru.
    Il avait eu, dans l'après-midi, deux, en-
    trevues avec le président du Conseil.
    Le président du Conseil avait, une fois
    encore, insisté auprès de l'ambassadeur,
    pour lui faire remarquer que le gouver-
    nement était toujours décidé à maintenir
    la paix.
    Il avait ajouté que l'Allemagne, ayant
    mobilisé, le gouvernement français s'é-
    tait vu dans la nécessité de prendre la
    même mesure.
    Mais, ajoutait-il, mobilisation ne veut
    pas dire guerre. C'est d'ailleurs la phrase
    même insérée dans la proclamation du
    gouvernement au peuple français.
    En terminant l'entretien, M. Viviani
    avait donné à M. de Schoen deux preu-
    ves de l'attitude pacifique de la
    France :

    1° Les Chambres, sans lesquelles le
    gouvernement ne peut rien, n'ont pas
    été convoquées

    2° Les troupes françaises se tiennent,
    non pas comme les troupes allemandes
    au poteau-frontière, mais à huit kilomè-
    tres en arrière.


    column 2


    En quittant le quai d'Orsay, M. de
    Schœn se rendit à son ambassade, puis
    il rendit visite à l'ambassadeur d'Autri-
    che, le comte Szecsen.

    La démarehe de l'ambassadeur
    d'Autriehe-Hongrie

    L'ambassadeur d'Autriche fit une assez
    longue visite entre six et sept à M. Vi-
    viani. D'après les indications que nous
    avons recueillies, il aurait tenu un lan-
    gage plutôt conciliant, et aurait admis la
    possibilité pour l'Autriche d'accepter les
    bons offices d'une tierce puissance vis-
    à-vis de la Russie.

    Cette démarche n'était pas l'un des
    éléments les moins caractéristiques de la
    soirée.

    Ainsi, à l'heure où les plus graves me-
    sures militaires étaient prises de toutes
    parts, des négociations continuaient,
    dont l'importance n'était pas douteuse.
    Mais les personnes bien infor-
    mées n'envisageaient qu'avec scepticis-
    me les pourparlers qui se nouaient.
    Elles croyaient savoir que l'Allemagne
    voulait la guerre en dépit des affirma-
    tions qu'elle avait émises pendant quel-
    ques jours.

    Lta déelaration de guerre
    à la Russie

    L'événement leur donnait raison, puis-
    que, à onze heures, hier soir, on appre-
    nait que l'Allemagne déclarait la guerre
    à la Russie. Le ton de la presse alleman-
    de et surtout de l'officieux Lokalanzeiger,
    à l'égard du cabinet de Saint-Péters-
    bourg, avait laissé prévoir hier matin
    cette brusque attaque.

    Ainsi l'Allemagne a pris devant le
    monde, devant l'histoire, l'initiative de
    la plus colossale conflagration dont on
    ait noté le souvenir.

    %Ç.i5«||Rrt anglais

    Quel sera leYôle
    Elle a multiplié ses efforts pour réta-
    blir la paix. Elle n'y a pas réussi.
    On peut être certain maintenant,
    après les déclarations qu'elle a faites ces
    jours-ci, qu'elle interviendra par les ar-
    mes dans un conflit franco-allemand.
    Non seulement elle a mobilisé sa flotte,
    mais elle prépare un corps expédition-
    naire sous les ordres du général French.
    A L'AMBASSÀDË^D'ALLEMAGÎŒ
    Tout l'après-midi et surtout depuis que
    l'ordre de mobilisation générale a été affi-
    ché, c'est, rue de LiIte; un incessant défilé
    d'autos et de voitures. Nombre d'Allemands
    se rendent à l'ambassade, pour s'occuper
    des formalités de leur rapatriement. Pres-
    que tous sont renvoyés au consulat géné-
    ral, qui est au bout de la rue.

    Rentré du ministère, vers 6 heures, NI.
    de Schœn en ressort un instant après. Son
    visage est fermé, soucieux.

    Son absence est, du reste, de courte du-
    rée une dizaine de minutes après, il re-
    vient en effet. Et toujours le défilé continue.
    Ce sont des gens qui se dirigent vers la
    gare d'Orsay, où l'affluence e^t énorme
    des Allemands qui viennent prendre des
    nouvelles. Un service d'ordre diacre', est
    organisé, et nulle manifestation n'a lieu.
    Vers sept heures, nous pouvons joindre
    un des attachés de l'ambassade, tandis
    qu'une conférence se tient dans les bu-
    reaux. Il nous fait cette déclaration
    Je ne crois pas que le départ de M. de
    Schœn aura lieu cette nuit.

    L'ALLEMAGNE

    A MOBILISÉ

    A NOTRE FRONTIÈRE
    D'informations dignes de foi parve-
    nues à Paris il résulte que l'état de « me-
    nace de guerre », proclamé vendredi en
    Allemagne, a permis au gouvernement
    impérial de mobiliser en secret.
    Dès hier, l'Allemagne a mobilisé six
    classes de réservistes par appels indivi-
    duels.

    Les transports de concentration de
    l'armée active ainsl portée au pied de
    guerre sont déjà commencés.

    Ils sont achevés ou la veille de l'étre,
    non seulement pour les corps d'armée de
    couverture, mais encore pour le 70
    (Münster), le Il' (Cassel), le (Franc-
    fort).

    A lest de Thionville et Metz, cette con-
    centration peut être évaluée dès aujour-
    d'hui à 300.000 hommes au minimum.
    Les avant-postes allemands ont par-
    tout été portés sur la ligne frontière elle-
    même.

    Toutes les réquisitions sont achevées.
    Quand l'Allernagne annoncera sa mo-
    bilisation. cette mobilisation sera déjà
    accomplie.

    C'est ¡Jour parer à ce grave péril que
    le gouvernement français a dû, hier
    après-midi, proclamer à son tour la mo-
    bilisation.

    le T(eiçhstag est convoqué
    pour mardi

    Berlin, août.

    Le Reichslaq est convoqué pour mardi. Il
    sera ouvert par Vemver".nr au palais royal,
    et non pas au palais législatif.

    Comme le Reichstag n'a pas voix au cha-
    pitre pour décider la guerre ou la paix, ü ne
    se réunira que nour recevoir l'annonce offi-
    cielle de la décision du kaiser et du conseil
    fédéral et, si c'est nécessaire, pour voter lu
    crédits de guerre.

    UNE PROCLAMATION DU GOUVERNEMENT
    A la Nation française
    Depuis quelques jours, l'état de l'Europe s'est considérablement aggravé,
    en dépit des efforts de la diplomatie. L'horizon s'est assombri.
    A l'heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces. Même
    des pays protégés par la neutralité ont cru devoir prendre cette mesure de pré-
    caution.

    Des puissances, dont la législation constitutionnelle ou militaire ne ressem-
    blent pas à la nôtre,, ont, sans avoir pris un décret de mobilisation, commencé
    à à poursuivre des préparatifs qui équivalent en réalité à la mobilisation même
    et qui n'en sont que l'exécution anticipée.
    La France, qui a toujours affirmé ses volontés pacifiques, qui a, dans des
    jours tragiques donné à l'Europe des conseils de modération et un vivant exem-
    ple de sagesse, qui a multiplié ses efforfs pour maintenir la paix du monde s'est
    elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris dès maintenant les premiè-
    res dispositions indispensables à la sauvegarde de son territoire.
    Mais notre législation ne permet pas de rendre ces préparatifs complets s'il
    n'intervient pas un décret de mobilisation.

    Soucieux de sa responsabilité, sentant qu'il manquerait à un devoir sacré
    s'il laissait la chose en l'état, le gouvernement vient de prendre le décret qu'im-
    pose la situation.

    La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle ap-
    paraît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur.
    Fort dans son ardent désir d'aboutir à une solution pacifique de la crise, le gou-
    vernement, à l'abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplo-
    matiques et il espère encore réussir. Il compte sur le sang-froid de cette noble
    nation pour qu'elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée. Il compte
    sur le patriotisme de tous les Français et sait qu'il n'en est pas un seul qui ne
    soit prêt à faire son devoir.

    A cette heure, il n'y a plus de partis, il y a la France éternelle, la France
    pacifique et résolue. Il y a la Patrie du droit et de la justice tout entière unie
    dans le calme, la vigilance et la dignité.

    Le Président de la République RAYMOND POINCARÉ
    Par le Président de la République,

    Le président du Conseil des ministres, ministres des Affaires étrannères
    ̃' René VIVIANI

    Tous les autres ministres ont signé également dans l'ordre protocolaire.

    La déclaration du gnorro
    La déclaration de guerre de l'Allema-
    gne à la Russie a été connue hier, au
    quai d'Orsay, vers onze heures du soir.
    A la même heure, l'ambassade de Rus-
    sie recevait un télégramme de Péters-
    bourg, et nous obtenons d'elle la confir-
    mation de la nouvelle que nous avions
    déjà.

    C'est à sept heures et demie exactement
    que le gouvernement russe était avisé de
    l'ouverture des hostilités.

    La mobilisation russe

    Saint-Pétersbourg, 1™ aoùt.

    A partir de six heures du matin, dans
    tous les bureaux de mobilisation, un travail
    intense a conunencé: Des foules considéra-
    bles de réservistes arrivaient sans cesse,
    accompagnées de leurs femmes et de leurs
    parents. Fous étaient animés du plus grand
    enthousiasme on ne remarquait aucune
    note discordante.

    Tous étaient joyeux, alertes et vibraient
    d'un patriotisme ardent.

    A onze heures, dans la plupart des bu-
    reaux, le travail était terminé. Les réservis-
    tes, par groupes de plusieurs centaines
    d'hommes chacun, se sont rendus dans les
    locaux préparés par la municipalité ou ont
    été répartis dans les régiments de la capi-
    tale.

    La population acclame chaleureusement
    les réservistes et les salue du haut des
    fenêtres et des balcons. Dans les nies, on
    leur serre la main et on les embrasse.
    L'état d'esprit des masses ouvrières est
    également excellent. Dans beaucoup de fa-

    ARMÉE DE TERRE ET ARMEE DE MER
    ORDRE

    DE MOBILISATION GÉNÉRALE
    Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de
    terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et
    harnais nécessaires au complément de ces armées.

    Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.
    Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être
    puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du FASCICULE DE
    MOBILISATION (pages coloriées placées dans son livret).

    Sont visés par le présent ordre tous les hommes non présents sous les dra-
    peaux et appartenant:

    1° à l'ARMÉE DE TERRE y compris les troupes coloniales et les hommes des
    services auxiliaires.

    à l'ARMÉE DE MER y compris les inscrits maritimes et les armuriers
    de la Marine.

    Les autorités civiles et militaires sont responsables de l'exécution du présent décret
    Le monstre de la Guerre Le ministre de la Marine

    briques et d'usines, les ouvriers ont déclaré
    qu'ils ne pouvaient pas truvailler un jour
    pareil et sont allés conduire aux bureaux de
    mobilisation ceux de leurs camarades qui
    avaient été convoqués. De ce fait, un grand
    nombre de' fabriques, principalement des
    quartiers de Viborg et de la Neva, ont du
    chômer.

    La France respectera

    la neutralité belge.

    à moins que celle-ci ne soit violée
    Bruxelles, 1" août.

    M. Klobukowsky, ministre de France à
    Bruxelles, a eu un entretien avec M. Davi-
    gnon, ministre des Affaires étrangères de
    Belgique, auquel il a dit qu'il était autorisé
    à déclarer que conformément d'ailleurs à ses
    déclarations antérieures, le gouvernement
    de la République français respectera La
    neutralité de la Belgique en cas de conflit
    international. Seulement, dans 1 hypothèse
    où la neutralité de la Belgique ne serait pas
    respectée par une autre puissance, ]e gou-
    vernement français examinerait quelles me-
    sures il conviendrait de prendre dans l'in-
    térêt de sa propre défense.

    Eehec autrichien près de Belgrad
    Nisch, 1er août.

    Les Autrichiens ont éprouvé un échec en
    tentant de passer la Save et le Danube, non
    loin de Belgrade, près du village d'Ichmitza.
    Le {eu des batteries serbes, bien dirigé,
    leur a tnfligé de grosses perte.s, d la suite
    desquelles leur colonne s'est retirée.
    C'est après cet échec que Belgrade a été
    bombardée pour la troisième lois.

    Le Japon et ses devoirs

    Londres, ler août

    Le correspondant du Times à Tokio a in-
    terviewé le baron Kato, ministre des Affai-
    res étrangères, qui lui a dit

    «Si malheureusement les hostilités écla-
    taient entre l'Angleterre et d'autres puis-
    sances, nous sommes prêts à faire ce àquoi
    nous oblige notre allliance. J'espère sincè-
    rement que rien n'arrivera dans cette par-
    tie du monde, mais, si nos alliés sont en- i
    tramés dans une guerre, il faudra faire
    notre devoir. »

    Comment les Parisiens
    accueillirent

    l'ordre de mobilisation
    La première affiche une affiche manus-
    crite portant l'ordre de mobilisation fut ap-
    posée, à quatre heures, sur le grand portait
    de l'état-major des pompiers, boulevard du
    Palais. Ecrite à la main sur un petit carre
    de papier blanc, elle contenait ces simples
    Ministère de la Guerre

    MiDRË DE MOMUSATIOX

    Extrême urgence

    Premier jour de la mobilisation Dimanche
    2 août

    A cette lecture, quelqu'un s'écria

    Vive la France

    Et aussitôt la foule se précipita vers l'affi-
    che et la nouvelle passa de bouche en bou-
    che, accueillie avec une profonde émotion.
    Presque au même instant, une affiche
    semblable était apposée rue du Château-
    d'Eau. à gauche de la petite porte des pom-
    piers. Là, les passants crurent tout d'abord
    à une plaisanterie ils ne pouvaient s'ima-
    giner que ce petit morceau de papier, sans
    aucun caractère officiel apparent, put être
    authentique.

    On dit C'est une fumisterie et l'on
    déchira l'affiche. Alors le chef de poste in-
    tervint.

    Cest un ordre officiel déclara-t-il. Une
    nouvelle affiche manuscrite, rédigée en hâte,
    remplaça bientôt la premiçre. Et cette fois
    deux sapeurs-pompiers, baïonnette au ca-
    non, montèrent la garde, auprès d'elte.
    Alors la foule eut un moment de stupeur
    et bientôt l'enthousiasme fsclata de toute
    part.

    Eh bien, s'il faut partir, qu'on en fi-
    nisse une bonne fois, dit un vieil ouvriers.
    Et il exprimait par là le sentiment géné-
    ral qui était plutôt un sentiment de détente
    après l'ansiété fébrile de ces jours derniers.
    Ce fat ensuite, dans bureaux de peste
    du centre que la mobilisation fut annoncée
    par un petit télégramme jaune ainsi conçu
    OFFICIEL

    Le premier jour de 1a mobilisation est le
    dirnanche deux août.

    Déjà, à côté de chaquQ boite aux lettres,
    l'administration des postes avait fait placer
    l'imprimé suivant

    Avis relatif a la manière d'adresser les lettres
    destinées aux militaires et au retard à prévoir
    dans 1 acheminement des correspondances civiles
    pendant la durée de la guerre

    Les correspondances adressées aux militaires
    pendant toute la durée de la guerre doivent tou-
    jours porter un lieu de destination.

    Pour connaître ce lieu de destination, le public
    est prié de consulter l'affiche spéciale du minis-
    tère. de la Guerre apposée dans les mairies et
    dans les bureaux de poste.

    D'autre part, de profondes modifications ayant
    été apportées à la marche des trains affectés au
    service postal, des retards très appréciables sont
    il prévoir dans les transmissions de correspon-
    dances, Pt particulièrement dans les relations
    avec tes départements frontières et avec l'étran-
    ger.

    Cette autre affiche avait été prise par
    beaucoup pour l'ordre de mobilisation lui-
    mérnp et partout elle suscitait de nombreux
    commentaires.

    Bientôt, les éditions snéciales des jour-
    naux parurent. Mais déjà la nouvelle s'était
    répandue partout comme une traînée de
    poudre.

    Les grands boulevards avaient pris leur
    physionomie des journées les plus animées.
    Des groupes se formaient, commentant l'or-
    dre bref du gouvernement, et une cordiale
    fraternité s'établissait entre passauts.
    Chacun donnait son appréciation ou for-
    mulait ses vues sur les conséquences de la
    mesure prise. Mais le sentiment qui domi-
    nait la foule était la confiance absolue dans
    l'avenir et il semblait que l'ordre de mobili-
    sation faisait disparaître le malaise qui pe-
    sait sur la population, par suite de l'incerti-
    tude dans .laquelle on vivait à Paris depuis
    huit jours.

    Au moins, maintenant, nous savons à
    quoi nous en tenir.

    Telle était la phrase qui résumait la pen-
    sée de tous.

    L'arrivée des journaux du soir confirma
    ce que chacun savait déjà, car la nouvelle
    attendue s'était propagée avec rapidité dans
    tous les quartiers. La sortie des ateliers et
    des usines ne donna lieu il aucun incident,
    dans le centre de Paris, ouvriers et ouvriè-
    res, commis et employés connaissant l'ordre
    militaire qui rappelle les citoyens sous les
    drapeaut.

    De cinq à sept heures, des jeunes gens,
    précédés de drapeaux français, russes et
    anglais, se formèrent en bandes de cinq
    cents à mille personnes et parcoururent les
    boulevards en chantant la Marseillaise. Des
    cyclistes précédaient ces cortèges, que la
    foule acclamait. Les spectateurs saluaient j
    les drapeaux et la jeunesse qui, demain,
    pourra être appelée à combattre pour la pa-
    trie.

    Dans certains cafés, les orchestres se mi-
    rent à jouer des airs patriotiques, que les
    consommateurs reprenaient en choeur..
    Et cet enthousiasme débordant dura plu- 1
    sieui% heures.

    Après quoi. chacun dut songer au départ
    et se mit à faire sa valise. De nombreux ré-
    servistes déjà, en prévision de ce qui devait
    arriver, s'étaient munis des choses indispen-
    sables chaussures, flanelles. rtc.

    Ceux qui doivent rallier leur corps au-
    jourd'hui,. à la première heure, s'efforcèrent (
    de régler au mieux leurs affaires de famillp.
    il y eut de longs adieux, de longues recom-
    mandations et des larmes.
    N'importe, l'impression générale était la
    résignation optimiste aux décrets de la fata- j i
    lité, le courage très calme et la confiance en ♦
    l'avenir! T
    Dans la soirée, on placardait des affiches r
    de mobilisation imprimées, dont noua avons
    reproduit le texte.

    Le départ des mobilisés
    M la gare de l'Est

    ai gare de l'Edl et .ses abords surtout ont
    présenté, ppndant toute La journée d'hier, une
    animation inaccoutumée jusqu'à ce jour. Ii;
    s'y passa des scènes inoubliables, inspirées
    par le plus pur patriotisme.

    Dès midi, des réservistes qui avaient reçu
    le matin leur ordre d'appel individusl par la
    arrivaient porteurs de mu-seites et de
    jlSqiiets remplis de victuailles. Ils ^présen-
    taient aux grilles de la garo, lesquelles
    étaient fermés en partit' pour la facilité du
    •service d^rfiFr.

    Le! hommes rejoipiaf.t îenr corps sur [«*
    lipnes de* Verdun, de Nancy et de Belfort,
    entraient à gaut'b-r. landiti-qiie les voyageurs
    pénétraient dai:s l-a cour pa,r la dernière
    porte de droite.

    Tous les mobilisés, accompagnés, les uns
    de lenrs parents, d'autres de leurs femmes
    rni d'amis, devaient faire leurs adieux avant
    de franchir la grille.

    Stoïques, les mères, les épouse, s'effor-
    çaient de contenir leurs larmes. Aussi, bien
    peu de séparations déchiranies se produisi-
    renf. Quant ;ïu.y part-enfcs. presque tous sou-
    riants et 'fiers, ils se groupaient traternelle-
    ment dans la cour avant de se diriger vers
    les salles d'attente. Ils se rendaient, en chan-
    tant, vers les quais d'embarquement. Leur
    enthousiasme fut indescriptible.

    Les amis, restés derrière les grilles, leur
    criaient

    Et surtout, les frères, rapporlez-nous
    nos pendules

    Jusqu'à une heure avancée de la soirée,
    tes mobilisés se présentèrent en masse, tou-
    jours alortes, résolus et de bonne humeur.
    Au fnr et à mesure que ]*heure avançait,
    les adieux devenaient plus touchants. Après
    avoir embrassé sa jeune femme, un des par-
    tants, un colosse, revint sur ses pas pour
    lui dire

    Surtout, je te recommande de bien soi.
    gne.r ma maman.

    Un autre, ores de lui, s'exclamait

    J'ai déjà vu les Marocains, je vais donc
    voir enfin tes Prussiens

    Quand un train s'ébranlait vers la fron-
    tiène, tous les partants, penches aux portiè-
    res s'écriaient « Vive la France! tandis
    que ceux qui restaient répondaient, en ami-
    tant leurs mouchoirs et leurs coiffures ̃ «"
    LientOt! Vive la patrie! »

    Les employés de la gare apposèrent bien-
    tôt de tous côtés l'affiche de suspension des
    transports de voyageurs et de marchandises
    sur les chemins de fer, et celle de démar-
    ches, à faire par les -&oinrnes absents de
    leur domicile. Ce né*TûTalbrs qu'un cri nna-

    mine

    C'est la mobilisation générale Partona
    tous à la front'ère

    Un seul incident se produisit ne femme
    antimilitariste, manifestant contre la guer-
    re, faillit être écharpée par les mères et lea
    épouses des mobilisés. Elle ne dut son salut
    qu'aux agents qui réussirent à la soustrai-
    re à la foule ameutée pour la conduire au
    commissariat spécial.

    L'ordre le plus parfait régna toute la jour.
    née à aucun moment la police n'eut à in-
    tervenir.

    R la gare du Nord

    A la gare du Nord ce fut le même entrain,
    le même enthousiasme, qui présida aux
    nombreux départs de Parisiens rappeiés
    dans leurs régiments à Arrae Amiens, Lille,
    Duakerque, isaint-Quen-tin, Laon, etc.
    La circulation devint bientôt difficile en
    raison du retour d'une multitude de biï-
    gneurs, dont les bagages encombraient les
    quais.

    Comme à la gare de FE-sl, les cama.rades
    dc régiment, qui.se retrouvaient, se sau«
    iaieni^au cou fraternellement, s'embras-
    saient, puis décidaient de faire route ensem-
    ble.

    On y retourne cette fois pour de bon
    disaient-ils gaiement On saura montrer
    qu'on n'a pas oublié le maniement des
    armes.

    Partout, les mobilisée prirent les train*
    En raison de l'énorme affluence, beaucoup
    de ces trains subirent des retards. Dans leur
    patriotiques impatience, les jeunes voya-
    geurs priaient les chefs de convois de ne
    pas les laisser se morfondre plus long-
    temps dans les wagons.

    Des groupes se formèrent de tous côtés,
    aux abords des deux gares, prcxhes du Nord
    et de l'Est, et les citovens assemblés n'inter-
    rompaient la conversation que pour accla-
    mer indifféremment soldats, officiers et gé-
    néraux qui allaient sembarquer.

    A partir de six heures, des manifestations
    grandioses se succédèrent .sans interrup-
    tion, aux environs de ces mêmes gares, yap-
    pelant les débuts de l'épopée révolutionnai-
    re, alors que, de même qu'aujourd'hui, la
    patrie était en danger.

    Des groupes de jeunes gens de dix-huit pt
    de dix-neuf ans, arrivant de la petite et de
    la grande banlieue, pour contracter des en-
    gagements volontaires, marchèrnnt, précé-
    dés du drapeau tricolore, au chant de Afo«-
    rir pour la Palrie!

    A Leur approche, toutes les têtes se .]e-
    couvrirent et bien des yeux se mouillèrent.
    Bravo acclamait frénétiquement !a
    foule enthousiasmée, délirante. Bravo les
    gars et vive la France

    Des colonnes de manifestants apparurent t
    ensuite, encadrant des drapeaux français.
    anglais et russes, chantant la Marseillaise,
    acclamant l'armée.

    Automobiles, fiacres, camions, s'arrê-
    taient, et voyageurs, chauffeurs, cochers si*
    découvraient, accompagnaient de leur voix
    l'hymne national, et poursuivaient ensuite
    leur route aux CI; mille fois répétées rie
    I- Vive la France

    Grossie des employa et des
    nant de quitter le travail, la foule
    encore plus compacte et les manifestations
    patriotiques continuèrent alors sans inter.
    ruption.

    La plnpart des magasins d'alimentation
    des environs durent fermer de bonne heure,



  • December 20, 2016 19:21:21 David Gadiou (FR)

    extrait du journal "Le Petit Parisien" N° 13.791 Dimanche 2 Août 1914
    "La France décrète la mobilisation générale".


Description

Save description
  • 52.542706||12.95777899999996||

    ||1
Location(s)
  • Story location
Login and add location


ID
19416 / 221964
Source
http://europeana1914-1918.eu/...
Contributor
Monique TOYE LABORIE
License
http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/


Login to edit the languages

Login to edit the fronts
  • Western Front

Login to add keywords
  • Remembrance

Login and add links

Notes and questions

Login to leave a note